Di sak na pou di

La conscience de soi du bébé humain est-elle uniquement tributaire de la vue ?

Frédéric Paulus / 11 février 2019

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Le labre poisson « nettoyeur » semble s’ajouter aujourd’hui à la liste des animaux qui se reconnaissent dans le miroir. C’est un petit poisson des mers tropicales qui rend service aux gros poissons en les débarrassant de leurs parasites et de leurs peaux mortes.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-04-septembre-2018

L’éléphant d’Asie, le dauphin, le cochon, la pie et bien sûr quelques primates comme le chimpanzé ou le gorille se reconnaissent dans un miroir. Nos chiens et nos chats, eux, semblent ne pas s’en préoccuper, note Mathieu Vidard (04/09/2018). Il nous informe de « cette découverte chez le labre qui devrait bousculer nos résistances ». Et nous rajoutons à percevoir une conscience de soi fondée sur les sensations qui ne serait pas uniquement tributaire du seul sens de la vue selon nos travaux cliniques 1987-2007-2000. Songeons au toucher et aux massages des bébés grandement pratiqués en Afrique et en Inde… Songeons aussi aux bercements des bébés avant l’endormissement… Quant à l’approche de la mort subite et inexpliquée du nourrisson, les scientifiques de laboratoire ne répondent pas depuis plusieurs décennies à nos questions de chercheur clinicien. Un sujet où se tissent angoisses et obstacles imaginaires et les spécialistes préfèreraient adopter la politique de l’autruche… ayant sous évalués, selon nous, la sensorialité discriminative des bébés et leur vulnérabilité aux stress.

https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/stress-auditif-s-durant-la-vie-fœtale-et-comportement-adaptatif-du-bebe-in-utero,93349

http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2002/27/msn.htm

Revenons aux apports de Mathieu Vidard : « Les scientifiques ont d’abord placé des labres dans des bassins individuels tous équipés de miroirs. Très contrariés, les labres qui sont archi-territoriaux ont attaqué le miroir pensant qu’il s’agissait d’intrus venus squatter chez eux. Mais rapidement ils se sont comportés de manière inhabituelle en exécutant des danses rapides devant la glace, comportement qui n’avait jamais été observé auparavant.
Les chercheurs leur ont ensuite injecté un gel coloré sur la tête et là, les labres ont commencé à passer plus de temps devant le miroir ; certains d’entre eux essayant même de supprimer la marque.

Si pour les chercheurs il ne fait aucun doute que ces poissons ont conscience de leur propre image, certains sceptiques affirment qu’ils pourraient confondre les taches avec les parasites de leurs congénères ! Cependant rappelle l’éthologue Franz de Waal, il existe de nombreux stades de compréhension. Et la conscience de soi se développe comme un oignon, couche après couche.

Chez les enfants humains par exemple on note de fortes variations d’une culture à l’autre. Chez les petits occidentaux où les miroirs sont nombreux, les enfants se reconnaissent dans la glace dès l’âge de 18 mois. Alors que les enfants des îles Fidji ou du Kenya peuvent attendre jusqu’à 6 ans avant de s’identifier. Et pourtant, ils ont conscience d’eux-mêmes bien avant. Soyons donc prudents dit Mathieu Vidard : le test du miroir n’est pas le critère ultime de la conscience de soi ni du degré d’intelligence d’une espèce ».

Frédéric Paulus, Directeur scientifique du CEVOI (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)