L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
30 octobre 2006

Les candidats subissent et à la fois bénéficient de ce que des chroniqueurs ont appelé la “peopolisation” de la campagne, c’est dire de l’injonction qui leur ait faite par les médias de montrer par delà leur programme politique, leur identité personnelle qui révélerait la vérité sur eux-mêmes. Face à cette attente, chacun d’eux répond à sa manière.
Aujourd’hui Laurent Fabius incarne l’extrême gauche du PS (sans commentaire). Ainsi, c’est lui qui propose 100 euros de plus tout de suite pour le Smic puis son augmentation régulière pour viser les 1500 euros, lui encore qui veut revenir sur les régimes de retraite de la loi Fillon. Mais encore faut-il qu’il réussisse à imposer une image personnelle plus en adéquation avec ce programme que celle de l’énarque d’origine bourgeoise. Ainsi son ouvrage “Tout commence par une ballade” (paru chez Plon), prend pour prétexte un périple en France pour proposer un voyage à la découverte d’un autre Fabius. Mais tentant de redéfinir son identité, “Lolo” force (trop) la dose : le voilà qui fait de la moto, devient accro aux carottes râpées, porte des habits en jeans et aime le foot. Ce nouveau Fabius est too much pour paraître vraiment authentique. Bien qu’il soit au PS depuis trente-deux ans, pèse perpétuellement depuis son adhésion à l’âge 28 ans, un soupçon sur la sincérité de son engagement à gauche.
Ségolène Royal qui comme Laurent Fabius pourrait être soupçonnée d’avoir, à la sortie de l’ENA, choisi la gauche parce qu’il n’y avait pas de bonnes places à prendre à droite, ne semble pourtant pas rencontrer de tels problèmes d’ajustement identitaire. Son identité personnelle (fille et sœur de militaire, mère de famille) n’entre pas en conflit avec son identité politique, elle sert au contraire assez bien l’image qu’elle souhaite donner d’elle-même. Comme elle n’a pas été ministre de l’Intérieur (comme Sarkozy), ni ministre des armées (comme MAM), pour compenser ce déficit d’expression l’autorité publique, elle affirme la sienne de manière constante à travers ses prises de position sur la famille que cela soit à la tête de sa région ou dans ses ouvrages (“Le printemps des grands parents”, puis “Médiation familiale” et “Ras le bol des bébés zappeurs”). La famille est son fer de lance, elle lui confère une autorité qui ne repose pas sur l’imitation du modèle masculin. La famille est son sésame ouvre-toi, son certificat de compétences tous terrains. Nul n’a alors besoin d’être rompu aux subtilités des théories économiques (comme DSK) pour s’apercevoir de la baisse du pouvoir d’achat des familles, il suffit de les écouter, comme elle le fait, sur son blog Internet. Quand elle vient à La Réunion c’est pour ironiser à propos de la “République française qui a quand même les moyens de payer des vaporisateurs à toutes les familles de La Réunion” ; ou encore demander au Président de la République « que toutes les crèches de l’île soient équipées de moustiquaires ou de climatiseurs ». Des moustiquaires dans les (bien trop rares) crèches ? Bravo ! Mais ne faudrait-il pas aussi qu’une candidate si soucieuse de la santé des familles, et si hostile aux discours abstraits sur les responsabilités concrètes de l’État, considère comme l’une d’entre elles, la mise en place d’un plan d’urgence de construction de nouvelles crèches ?
Depuis ses déclarations sur l’assouplissement des 35 heures, ou celles sur l’abandon de la carte scolaire, ou encore celles sur les établissements à encadrement militaire pour les délinquants on ne peut plus accuser “Sarkolène” (comme la surnomment ses détracteurs) de ne pas avoir de programme, mais juste d’avoir un programme de droite. Face à ces attaques prévisibles, elle se définit, là encore, avant tout en individu ; ainsi, fera-t-elle paraître habilement une biographie intitulée “Autoportrait” en janvier 2007, en attendant jusqu’à Mars pour publier son programme “Désir d’avenir” qu’elle fera valider d’ici là, chapitre après chapitre, par les lecteurs de son blog (les deux premiers chapitres : “désordre démocratique”, et “désordre de l’emploi et du travail” sont déjà parus, en attente du troisième “une juste autorité”).
Dominique Strauss-Kahn, troisième postulant à l’investiture socialiste, en retrait dans les sondages par rapport aux deux autres, a une partie difficile à mener : il doit tout à la fois confirmer qu’il est l’expert indispensable des questions économiques, mais aussi qu’il sait éviter de jouer à monsieur “je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde”. Il est le seul des trois candidats à avoir choisi de se présenter sous sa seule facette d’économiste. Il est économiste le matin, le midi, le soir. Au mieux sait-on qu’il aime le RAP. Prenant à contre-pied le piège “people” invitant les candidats à se départir de leur identité statutaire afin de laisser voir à nu ce que serait leur identité cachée, DSK suggère par un investissement professionnel “all time in” que son intimité c’est encore l’économie. Son identité professionnelle et son identité personnelle ne font qu’un. À la première page de son site, quand il félicite, pour son prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus le père du micro-crédit, c’est en tant que collègue qu’il le fait.
Pascal Duret
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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