Di sak na pou di

La course effrénée aux bonnes notes et les configurations neuronales qui stressent et dissocient la personnalité

Frédéric Paulus / 15 novembre 2018

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Freud avait théorisé le concept d’idéal du Moi qui demeure, nous semble-t-il, pertinent. En dérive extrême, cet idéal se traduit en fantasme(s) héroïque(s) ou complexe de supériorité de l’élève dans lequel la personne se voit accomplissant maintes merveilles, et de façon plus quotidienne, vis-à-vis de l’entourage, il flatte le narcissisme de ses parents. Ces derniers, quant à eux, risquent d’en demander « toujours plus ». L’idéal du moi se présente alors comme « celui que j’aimerais être », soit une sous-structure du psychisme d’origine culturelle qui se stabilise sur des bases neurales en créant une dissociation avec le soi biologique génératrice de stress. Il va s’en dire que cette structuration aura été induite sous la pression « bienveillante » des parents qui auront valorisé la réussite scolaire assimilée (faussement) à la réussite globale de leur enfant. Généralement cette forme d’éducation génère chez les enfants un esprit de compétition qui les enferme dans une façon de penser, d’agir et d’être qui risque de modeler leur psychologie et leur physiologie, les deux faces d’une même pièce. Je me permettrai de suggérer la lecture de l’ouvrage : « Faut-il plaindre les bons élèves ? » : « Face à la pression tous azimuts, ces étudiants pas comme les autres mobilisent des mécanismes de défense pour s’adapter. Peu échappent aux troubles du sommeil et aux maux de tête. Tous traversent des périodes d’anxiété, de doute ou d’abattement. Le rythme soutenu et le contexte stressant révèlent chez certains des fragilités psychiques souvent anciennes. Les plus vulnérables paieront un lourd tribut à un idéal auquel ils se sont identifiés », 4e de couverture de Patrice Huerre et Fabienne Azire, (2003).

L’enfant a certes besoin de se projeter. Il peut spontanément s’imaginer plus tard, se chercher par lui-même les images qui le dynamisent et se forger des idéaux qui créeront chez lui un appel à motivation. Lorsque cet idéal du moi est recherché par l’enfant lui-même, sa personnalité sera plus intégrée, plus harmonieusement structurée. L’enfant, ou le jeune, aura été co-auteur de son développement avec son environnement familial et scolaire, sans subir les pressions et exigences parentales. Mais qu’en est-il des pressions du système scolaire qui valorise notes et classement au détriment du plaisir d’apprendre et de vivre joyeusement sa scolarité ?
Il serait urgent que les associations de parents d’élèves, et des associations culturelles, voire cultuelles, envisagent l’ouverture d’États généraux citoyens de l’éducation, selon une initiative de « la France d’en bas », pour mettre à plat les idéologies qui modèlent les imaginaires. Il pourrait en être de même pour la santé des enfants dès leur conception. Ces deux valeurs, santé et éducation, devraient mobiliser les citoyens et les acteurs associatifs.

Notre contribution vise à rappeler deux définitions qui ont structuré le terme d’éducation d’une part : « nourrir, former, instruire », et d’autre part : « tirer hors de, faire s’exprimer, laisser advenir ». La première version de ce terme complexe à définir a été retenue dans le système scolaire public. Les sciences de l’éducation se sont fourvoyées en faisant croire aux parents que leurs enfants seraient éduqués à l’école alors que celle-ci en récompense certains et transfère à d’autres de graves complexes d’infériorité et autres handicaps culturels. Quant à la définition de la santé, nous proposons comme base de réflexion : désir, plaisir, rapport actif à l’environnement, sentiment d’exister, créativité.
Merci de porter contradiction à ces idées afin qu’un large débat public s’ouvre à La Réunion.

Frédéric Paulus, CEVOI