Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
17 avril 2009

« Une hirondelle, dit-on, ne fait pas le printemps ». En d’autres termes, il ne faut pas tirer une conséquence générale d’un seul fait. C’est, nous dit-on encore, l’erreur habituelle des gens qui veulent juger trop vite. C’était l’erreur de ce voyageur anglais qui, passant à Blois, écrivit sur son album que toutes les femmes de cette ville étaient rousses et acariâtres : or, il n’avait vu encore que la maîtresse de son auberge.
Partant de ce proverbe français bien connu, tout un chacun peut avoir remarqué que les difficultés rencontrées à La Réunion ne sont pas forcément celles qui sont venues des Antilles.
Paradoxalement, il y a lieu de souligner que tous nos visiteurs n’ont pas été dans l’obligation de juger trop vite. Bien au contraire !
J’en veux pour preuve un article paru dans le journal “Le Progrès” N° 974 – Dimanche 21 février 1965.
Il ne m’a pas été possible de joindre l’auteur de l’article et le journaliste pour m’autoriser plus ample reproduction. Néanmoins, persuadé qu’ils ne m’en voudront pas, citons : « Chômage et emploi - Le rapport de Monsieur le Directeur Départemental du travail et de la main d’œuvre sur le niveau de vie de l’emploi à La Réunion nous apprend que sur les 180.000 personnes composant la population active, 94.000 seulement occupent un emploi régulier. Dans les 86.000 autres se recrute un sous-prolétariat qui vit de salaires occasionnels, des produits d’un lopin exigu, d’activités plus ou moins légales, ou de l’aide des parents qui ont eu la chance de trouver du travail. Et, on prévoit, que si de nouvelles activités ne se développent pas, cette « clochardisation » pourrait toucher 129.000 personnes en 1970. […] Et amener le consommateur réunionnais à encourager des importations massives, au détriment des activités locales. Nos propositions sur le développement économique n’ont pas été retenues. La formation professionnelle suivie de l’émigration en Métropole, préconisée par nous en 1959, ne reçoit un commencement d’exécution qu’en 1964. […] L’équilibre traditionnel continue à se rompre, mais sans être remplacé par une nouvelle organisation économique. […] Nombre d’activités ancestrales, dont les professions de tailleurs, de couturières, etc… sont en train de mourir. Et rien n’est fait pour sauver, au moins, les métiers du vêtement, assurés d’un débouché de plus en plus grand, sur place »… […] La bouteille de whisky se vendait 1.800 F lorsque seuls deux importateurs locaux avaient chacun la représentation exclusive d’une marque. Une fois ce monopole brisé, elle coûte moins de 1.000 F.
« Des textes exceptionnels, pris en vertu de l’article 73 de la Constitution, doivent permettre aux pouvoirs publics d’exercer ici un rigoureux contrôle des prix de revient et des marges bénéficiaires ».
Et j’en passe, tellement le passé, cahin-caha, se poursuit depuis plus d’un demi-siècle !
Ces courts extraits ne suffisent pas pour que chacun puisse en tirer « la substantifique moelle » et « se regarder dans le miroir ».
Comme il faut rendre à César ce qui est à César, je suggère donc aux auteurs, que je remercie, la reproduction actualisée de cet article. Il y naîtra peut-être une mentalité nouvelle et plus saine dans les rapports entre les hommes…
Depuis avant 1965, que de temps perdu sous nos cocotiers !
Joseph Mondon
(Les Avirons)
Courrier des lecteurs
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