Di sak na pou di

La déferlante de la « naturalisation » aura occulté les rêves

Frédéric Paulus / 23 octobre 2017

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De nombreux chercheurs fondamentalistes ont oublié - ou occulté - l’étude des rêves dans leurs ambitions de naturaliser, chez l’humain, l’esprit, la conscience, l’intention, la volonté, etc. Les rêves du fait de leur essence particulièrement singulière auraient dû questionner ces chercheurs. Si nous devions recenser ceux qui ont pratiquement éclipsé la vie onirique, on relèverait bon nombre de prix Nobel dont certains auront fait pourtant du cerveau leur « objet » d’étude. Comment comprendre qu’ils aient occulté aussi massivement les rêves ? Il est vrai que ceux-ci échappent à la maîtrise de leurs méthodes bien que les technologies récentes d’exploration, dans leurs tentatives de « naturalisation », progressent dans l’exploration des différentes facettes de notre réalité complexe d’être humain et cela individuellement. Même pour l’étude de l’émergence du langage qui nous caractérise en tant qu’animal parlant, nous sommes toujours dépendants de théories qui n’auront pas été confirmées selon le verdict du laboratoire et de l’expérimentation. Notons cependant un ouvrage qui mérite sur ce sujet d’être valorisé : « Comment le langage est venu à l’homme » de Jean-Marie Hombert et Gérard Lenclud, (2014) qui confronte les différentes thèses sans prendre partie pour nous laisser libres dans notre réflexion.

Pourquoi les rêves auront-ils subi le sort de leur occultation selon notre hypothèse ? Inévitablement nous pensons au père de la psychanalyse, Sigmund Freud (1856 – 1939) qui du fait de son charisme aurait « imposé » sur la planète terre ses hypothèses, comme « dissuadant » implicitement d’autres chercheurs de s’en emparer contradictoirement. Il nous est cependant agréable de citer le psychanalyste Carl G. Jung, qui lui dépassa cet interdit tacite ou cet obstacle en nous faisant profiter d’un considérable cursus d’études et d’hypothèses qui mériterait d’être confronté de nos jours au verdict des sciences en laboratoire. Cursus, faut-il le souligner, qui n’est que marginalement diffusé institutionnellement du fait de l’hégémonie freudienne et de l’étiquette qui fut attribuée à Jung de psychologue « mystique ». Ah ! Les étiquettes ! La faiblesse de l’esprit humain !

Notons que pour la France le neuroscientifique Michel Jouvet, de Lyon, occupe une place à part. Il aura entrepris la démarche de publier un ouvrage sur ses propres rêves à des fins de recherche fondamentale. Il nous faut citer une récente initiative, encore pour la France, celle d’Isabelle Arnulf (2014) qui remplace Joëlle Adrien que j’avais questionnée sur le sommeil et sur sa thèse sur le « sommeil sismique du nouveau-né » à la Salpétrière. Isabelle Arnulf ouvre « une fenêtre » fascinante sur « ce nouveau théâtre de la nuit » sans passer par la logique de savoir qui rêve puisque son approche aborde le rêve à la troisième personne (d’une façon impersonnelle) : selon les verdicts quantitatif, comparatif et statistique. Michel Jouvet n’aura pas fait école sur ce laboratoire parisien (pour l’instant).

Georges Charpak (nobélisé en 1992) et son ami Roland Omnès pensent que l’humanité tout entière est en voie de mutation et n’y est pas préparée. Une des raisons de cette non préparation vient du fait que le savoir sur l’humain est en pièces détachées. Il ressort de surcroît des laboratoires isolé dans son extraction des conditions réelles d’existence de nos concitoyens. Le puzzle de ce savoir fondamental est en train d’être assemblé. Il nous faudra ensuite penser à une société de la connaissance succédant à celle dont nous profitons de nos jours, la société de l’information. Il nous restera le défi de diffuser et démocratiser ce savoir en nous rapprochant des citoyens.

Frédéric Paulus, CEVOI