La fête du Govinden

16 octobre 2004

Le mois tamoul s’étendant de la mi-septembre à la mi-octobre de chaque année grégorienne est connu comme Pourettâsi. C’est le mois ou l’on observe le “Pourettâsi Viradhain” ou “Govinda Poûsseye”, jeune dédié à Govinden aussi connu comme Krishna, Nareyenna, Vishnu ou Gopala. Cette année, la fête a commencé le 17 septembre pour se terminer le 16 octobre et les cérémonies sont célébrées les cinq samedis. C’est une période de réflexion ou de méditation sur l’être suprême (Kadavul).

Govinda signifie protecteur du troupeau ou berger représenté comme celui qui protège les êtres humains. Celui qui les aime et celui qui leur est cher. Il est Krishna (Kannen) le sauveur qui, avec sa flûte (Koujal en tamoul), rassemble les hommes et les femmes à ses pieds. Et dans son aspect non-manifeste, il est l’impérissable (Atchoudananda Govinda). Krishna joue de la flûte qui est un instrument musical dont la couleur à l’ouïe égale celle du nectar au palais. Elle symbolise la paix dans la nature et la musique céleste. D’ailleurs, Krishna est peint bleu ciel. D’après la légende, le Seigneur Krishna est élevé dans le jardin de Brindavan à Mysore, ville du Kartanaka, un état dravidien de l’Inde du Sud. Il y a plusieurs aspects de Krishna, les uns comme Dieu omniprésent, les autres comme incarnation divine (Avataran), tous adorés par des différents rituels et dans plusieurs façons.

Il est mentionné dans le Tholkâpiyam (livre datant plus de cinq mille ans) au chapitre 3, Poroul, que le pays tamoul était divisé en cinq différentes régions (thineye) notamment : la région montagneuse (kourinji), la région pastorale (moulleye), la terre cultivée (maroudamie), la côte maritime (neyedal) et le désert (pâleye). Les anciens tamouls habitaient ces différents lieux et se livrèrent à des activités propres aux chasseurs, bergers, cultivateurs, pêcheurs marins, commerçants, etc.
Dans les cinq régions susmentionnées, l’être suprême est adoré et appelé par des différents noms par rapport aux occupations des gens. Ces différents noms sont dans l’ordre suivant : Séyone (Mourouya ou Siva), Mâyone (Thiroumal), Vendhen (Indiren), Varounen et Kottraveye (Kâli, la mère divine) respectivement. Dans la région montagneuse, les montagnards (Kouravaris) conçoivent Dieu comme Séyone, tandis que dans les régions pastorales, les bergers (idayars) conçoivent le Seigneur comme Mâyone (Thiroumal).

Il y a une légende sur Gômathi Amen (Parvadi) qui voudrait voir Siva et Vishnou dans une seule et même forme. La mère divine est en thavan (pénitence) dans la forêt pendant le mois d’Adhi quand Siva lui apparut sous la forme de Saukara-Narayaban dont une face représente Siva lui-même et l’autre face Vishnou. Cette statue (mourthi) se trouve au temple de Sankarankovi situé à 53 kilomètres au Nord-Ouest de Thirouverlvi.
Dans le “Kondrai Vendhen” et le “Attichudi”, la Sainte Poétesse Avvaiyar écrit sur Vishnou “Thiroumalouk Kadimeye” (Adorer Vishnou). Vishnou (Thiroumal) aurait fait son entrée dans la mythologie après l’époque de Tholkapiyar. Il est cité comme un des principaux membres d’une seul famille comprenant Mourouya, Siva, Ganesh, Parvati, Prahma, et Ammen (la mère divine).
Les hymnes destinés à Thiroumâl sont compilés dans le “Nâlariya Divya Prabhadan”, livre contenant 4.000 versets en langue tamoule. Ces hymnes sont chantés par les douze alvars du 10ème siècle de notre ère. Ce livre est reconnu comme le Drayida Vedam. La dévotion (le bhakti) y trouve sa nette expression. Voici une très belle chanson, emplie de bhakti, du livre, chantée par le Saint Nammalvar :

"Que de choses qu’on voit qui plaisent aux yeux !
Venez donc, vous tous qui aimez Dieu.
Venez tous ensemble vous extasier de joie en vous soumettant à ses pieds.
Ils sont nombreux les dévots de Krishna
Portant la belle et fraîche Toulasi, délice des abeilles
Ils parcourent le monde en chantant sa gloire et en dansant."

C’est presque à la même période que les Nâyanars avec leur thévarams avaient propagé le message de la libération à travers le bhakti. Le développement du système de bhakti chez les tamouls date d’une époque très ancienne. Kshiti Mohan Sen dans son livre intitulé “L’Hindouisme” est d’avis qu’en Inde du Sud chez le peuple tamoul, il existe une longue et ancienne tradition de bhakti dans les œuvres des Saints Alvars.
Le temple Vishnouite de Tirouplati, anciennement Venkadam, situé actuellement en Andhra Pradesh attire de nombreux fidèles. Au Tamil Nadu, le temple Srirangam, qui se trouve à cinq kilomètres au Nord du district de Tirouchirappalli est considéré comme très sacré pour les vishnouites qui adorent Vishnou en son unique forme de Renghanadhar en posture inclinée.
La grande cérémonie religieuse de “Gôvinden” se déroule tous les samedis soirs dans les temples (kôvils). Les fidèles se réunissent pour assister à la prière et pour écouter les chants dévotionnels (bhajanums). La plupart des jeunes garçons et filles dansent aux sons des chansons religieuses autour de la grande lampe à l’huile (theeba-kambam) couronnée par la gracieuse lumière (aroul jôthi) qui symbolise la pureté. Cette fête est également célébrée en famille à domicile.
Pour en revenir à la fête et ses rituels, on peut constater que le jeûne, accompagné de prières et de méditations, purifie le corps et l’âme. Il apporte la paix intérieure et il nous conduit vers le chemin spirituel. Dieu ne veut rien de nous sauf notre profond amour pour lui et la compassion envers tout être humain et aussi bien qu’envers tout animal. Lorsque nous écoutons attentivement les prières, les manthirams et les bhajanums, nous ressentons de notre profond intérieur une force spirituelle qui nous donne la joie, la paix et qui renforce notre dévotion envers Dieu.

Gady Moonesawmy
(membre du Groupe de dialogue interreligieux de La Réunion, GDIR).


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus