APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
1er juin 2007

Il y a quatre ans, j’écrivais ceci :
« Le Musée de l’Homme a restitué à l’Afrique du Sud le corps de la Vénus Hottentote, femme africaine que l’on exhiba de son vivant et après sa mort comme une curiosité sauvage, pratique courante de l’époque de la civilisation occidentale triomphante qui culmina avec l’exposition coloniale de 1932 où l’on présentait ensemble le bédouin et le dromadaire, le sénégalais et le lion et même, au jardin d’acclimatation, cette ignoble escroquerie : les canaques mangeurs d’hommes !
Les mentalités évoluent lentement : au Moyen-Âge on se demandait si les femmes avaient une âme, au 18ème siècle on se posait la même question pour les noirs et aujourd’hui encore, au troisième millénaire, des demeurés profonds continuent à croire à la supériorité de l’homme blanc.
C’est dire si reconnaître un droit quelconque aux animaux est loin d’être acquis. De même qu’on a longtemps ignoré la souffrance des bébés, beaucoup refusent encore de considérer que les animaux sont des êtres capables de souffrir. C’est pourquoi on les torture encore dans des corridas, dans des chasses à courre et on les enferme dans des cages. L’animal sauvage capturé est dans un état de stress extrême, à tel point qu’un animal pourtant puissant comme le tigre peut subir un arrêt cardiaque. Et s’il survit que devient-il ? Fou : il va tourner en rond toute sa vie, cherchant inlassablement à sortir ou restant prostré dans un coin. Un zoo, c’est une prison doublée d’un asile.
On a pu autrefois justifier les zoos par une volonté pédagogique. On a même vu de pitoyables ménageries passer d’école en école montrer aux enfants ces "merveilles du monde". Personnellement, quand j’étais gosse, j’ai vu un condor, ce "roi de l’Azur", comme dit Leconte Delisle, enfermé dans une cage de soixante-dix centimètres de large. Lui dont l’envergure dépasse les deux mètres ! Le condor est devenu une espèce menacée de disparition. Mais aujourd’hui, où la télévision est partout, où sont tournés de remarquables reportages : "Le territoire des autres", "La griffe et la dent", "Microcosmos", "Le peuple migrateur", l’intérêt pédagogique n’existe plus. On peut même dire qu’une visite au zoo c’est négatif pour la conception que les enfants peuvent acquérir du règne animal. Que dire de toutes les moqueries, les insultes, les farces stupides (friandises farcies au mégot, galets) dont les visiteurs "bêtes" accablent les animaux et tout spécialement les singes, ces frères "inférieurs" ?
Alors tournons la page. Oui, à la ferme pédagogique, où les petits citadins, de plus en plus nombreux, peuvent approcher des animaux domestiques. Non, à l’exhibition d’animaux sauvages. Contentons nous de laisser ceux qui sont déjà en cage prendre leur retraite dans les conditions les plus décentes et les plus calmes possibles.
En revanche, de la même façon qu’il y a un conservatoire botanique de Mascarin, il pourrait aussi exister un conservatoire animal. C’est à dire un conservatoire chargé d’assurer in situ la préservation de la faune de l’île et même son enrichissement. On parle souvent de réintroduire les flamants roses sur l’étang de Saint-Paul. Pourquoi pas ? Un conservatoire qui aurait son mot à dire sur les introductions d’animaux exotiques dans l’île (certaines peuvent être fatales), qui assurerait aussi la liaison avec les autres pays de l’Océan Indien et éventuellement le rapatriement des espèces introduites frauduleusement. Un conservatoire qui travaillerait en liaison avec les réserves et les parcs qui sont en train de se mettre en place. Bref, s’efforcer de maintenir l’animal sauvage à la place qui doit être la sienne, c’est à dire dans la Nature. »
Pas grand chose à ajouter aujourd’hui à propos du projet de zoo au Colosse. C’est certain que des animaux qui « travaillent » sont plus « vivants » que des animaux qui se morfondent toute la journée en attendant l’heure de la pitance. Mais la nature d’un aigle ou d’un vautour c’est de planer au plus haut du ciel et non de gagner son bout de gras au creux d’un gant de cuir. Et une otarie déploie cent fois plus d’habilité et d’intelligence à traquer le poisson qu’à jongler avec un ballon !
Jean-Pierre Espéret
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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