La gauche veut-elle vraiment battre la droite ?

28 décembre 2006

On ne saurait douter que Ségolène Royal veuille être élue. Peut-on en conclure que la gauche veut, vraiment, battre la droite ? Dans une interview accordée au “Monde” le 19 décembre, François Hollande préconise :
- De maintenir les exonérations de cotisations à la Sécurité sociale pour les patrons, et même d’en rajouter. Il veut « moduler les cotisations sociales en fin de carrière » au prétexte que cela favoriserait l’emploi des seniors, et mettre en place « un nouveau mécanisme d’exonérations des cotisations sociales » pour favoriser « l’augmentation de la masse salariale ». Comment le pillage de la Sécurité sociale - qui est, rappelons-le, du salaire différé rémunérant le travail au même titre que le salaire direct - peut-il augmenter la masse salariale ? Il y a là un vrai mystère ! Ce qui n’est pas mystérieux, en tout cas, c’est le résultat : depuis 1992, où elles ont débuté en même temps que l’adoption du Traité de Maastricht, les exonérations, exigées par Bruxelles, ont détourné 170 milliards d’euros des caisses de la Sécurité sociale. (La ligne directrice intégrée n°15 adoptée lors d’un Conseil des ministres européens le 12 juillet 2005) exige : « Les Etats membres devraient renforcer les mesures d’incitation économique, y compris par une réduction des coûts non salariaux du travail ». Ce que l’Union européenne appelle les « coûts non salariaux du travail », c’est le salaire différé).
- De maintenir l’essentiel de la loi Fillon sur les retraites, et même de l’aggraver. Hollande promet une « négociation » sur « ce qu’il conviendra d’abroger de la loi Fillon et ce qu’il sera nécessaire d’ajouter ». Dans ce que Hollande promet de reconsidérer ne figure pas le nombre d’annuités nécessaires pour avoir une retraite complète. Le taux de remplacement sera préservé à 75% « pour les petites et moyennes retraites » (à partir de quel montant touche-t-on une “grosse retraite”, selon Hollande ?). Quant aux régimes spéciaux de retraite, Hollande s’engage à les faire « évoluer », notamment « pour des personnes nouvellement embauchées ». Résumons : tout le dispositif mis en place par Fillon, en application des directives européennes, restera en place : départ en retraite après 40, 41 ou 42 annuités, diminution des montants, et même promesse... d’“en rajouter” ! Quant aux régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF-GDF, etc...) ils devront tous disparaître, dans le prolongement des mesures déjà prises par les gouvernements précédents en application des directives européennes qui prévoient « d’augmenter d’environ 5 ans l’âge moyen effectif auquel cesse dans l’Union européenne l’activité professionnelle » (Sommet de Barcelone, mars 2002) et de « renforcer les incitations financières pour que les travailleurs âgés restent en activité, par exemple en adaptant l’âge légal de départ à la retraite » (Sommet de mars 2006)
- Et en plus de créer « une sorte de CSG-retraite. Versée pour moitié par les salariés... ». Donc, étendre et généraliser la fiscalisation de la protection sociale, conformément aux diktats de l’Union européenne.
Ainsi donc, dans un pays qui compte officiellement près de 7 millions de pauvres (en réalité bien plus), Hollande promet : moins de Sécurité sociale, moins de pouvoir d’achat, moins de retraites !
N’est-ce pas cela, la politique de la droite, c’est-à-dire du grand patronat, de la classe capitaliste, qui enfonce chaque jour davantage travailleurs et couches populaires dans la misère ? Battre la droite... en appliquant sa politique ? C’est-à-dire la politique dictée par l’Union européenne et la Banque centrale européenne, qu’Hollande défend : « Avant de mettre en cause la BCE, il faut dénoncer la coupable, la négligence des gouvernements européens qui n’utilisent pas les compétences que les traités leur confèrent ». Comme si les traités de Maastricht, Amsterdam, Nice donnaient aux gouvernements “d’autres compétences” qu’appliquer les directives antisociales et antidémocratiques, de misère et de chômage, rédigées par Bruxelles ! Faut-il s’étonner, dans ces conditions, que de larges secteurs de l’électorat ouvrier et populaire soient tentés par l’abstention ?
Il n’est qu’un moyen de battre la droite, pas seulement ses représentants officiels, mais sa politique : c’est de rompre avec l’Union européenne, ses plans, ses directives. Telle est la question que, dans le théâtre d’ombres du “discours politique” officiel, chacun voudrait éviter.

Jen Luc


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Témoignages - 82e année


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