« La ’Honte de la République’ ne sera plus qu’un mauvais souvenir »

25 septembre 2003

L’annonce officielle de la décision du ministère de la Justice d’implanter la nouvelle prison sur le site de Domenjod a bien évidemment été accueillie avec satisfaction et soulagement par ceux, qui côtoient le milieu pénitentiaire et qui désespéraient de voir la concrétisation de ce projet dont l’urgence faisait l’unanimité générale.
La surpopulation carcérale est telle que le minimum de la réglementation pénitentiaire (protection, dignité des personnes, garde et réinsertion) ne peut pas être appliqué dans les établissements pénitentiaires de La Réunion où règne la loi du plus fort, la violence quotidienne et les trafics de toutes sortes. L’individualisation de la peine ne peut pas être appliquée et la majorité de détenus croupit sur les cours de promenade durant des années dans une totale oisiveté, sans la possibilité de pratiquer les activités éducatives et socioculturelles nécessaires, et pourtant prévues par la loi, pour une meilleure réadaptation professionnelle et réinsertion sociale. Les travailleurs sociaux, le personnel enseignant, les formateurs professionnels, les religieux ne peuvent assurer correctement et efficacement leurs missions.
Dans ce contexte hors norme, La Réunion détient le triste record de récidivistes, et c’est ainsi que toute la société réunionnaise pâtit de ce manquement grave de l’administration pénitentiaire à l’égard des personnes incarcérées.
Après les échecs de Sainte-Suzanne, Bras-Panon et Beauséjour où les maires, population et monde agricole ont successivement rejeté le projet, un long travail a été accompli par bon nombre de personnalités et responsables locaux qui, sensibilisées par la situation critique et la violation quotidienne des droits de l’Homme dans les prisons réunionnaises, se sont dévoués, parfois dans l’ombre mais sans compter, pour que le projet de construction d’un nouvel établissement ne soit pas abandonné (élus de droite comme de gauche, autorités préfectorales et judiciaires, usiniers, syndicats des planteurs, présidents des chambres consulaires,etc).
Nos actions syndicales, dénonciations par voie de presse, et multiples audiences n’ont donc pas été vaines et cette décision définitive est la concrétisation de notre acharnement syndical.
Le maire de la commune de Saint-Denis, a su prendre ses responsabilités d’élu de la majorité gouvernementale, afin que très rapidement et au-delà de sa commune toute La Réunion puisse enfin bénéficier d’un service public pénitentiaire efficace. Les habitants de Domenjod font également preuve, malgré leurs inquiétudes, de civisme exceptionnel en acceptant la réalisation de ce projet d’utilité publique, tout en exigeant légitimement les garanties de compensations foncières ou financières dont ils ont droit.
Après des années de tergiversations et d’incertitudes, la "Honte de la République" ne sera plus qu’un mauvais souvenir et espérons que le taux de remplissage de Domenjod sera des plus faibles. ce qui serait preuve de l’efficacité de la politique de réinsertion menée dans les conditions de détention optimales. C’est bien le but recherché...


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus