Di sak na pou di

La légitimité démocratique issue des Législatives du 21 octobre 1945

Ary Yée Chong Tchi Kan / 20 octobre 2018

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19 mars 1946 : une victoire du rassemblement des Réunionnais autour du CRADS.

Aux Législatives du 21 octobre 1945, la population réunionnaise avait le choix entre le maintien du statut colonial et le changement total. Le gouverneur Capagory avait pris les dispositions pour une campagne électorale calme. A ce scrutin, Raymond Vergès et Léon de Lépervenche furent élus. Cinq mois après, nous avons eu la loi du 19 mars 1946, votée à l’unanimité. La suite est connue. Refus d’étendre les lois existantes avant le 1er janvier 1947, tel que prévu dans le texte de cette loi. Non respect de l’espérance citoyenne ouverte par le vote du 21 octobre 1945. Transition démocratique bafouée.

Une décennie plus tard, une vague d’autonomie relançait le débat démocratique et la souveraineté des peuples colonisés :
• en 1956, création du Parti Socialiste Guyanais ;
• en 1957, création du Parti Communiste Martiniquais ;
• en 1958, création du Parti Communiste Guadeloupéen et du Parti Progressiste Martiniquais ;
• en 1959, création du Parti Communiste Réunionnais.

Les partis au pouvoir, en France, n’ont laissé aucune chance à l’exigence démocratique des “4 vieilles”. Pire, ils ont profité de leur position dominante pour écarter l’appel à l’égalité entre les peuples. Suivant le modèle en économie, les maisons-mères ont crée des filiales dans le but d’étouffer la volonté d’émancipation.

Le cas de La Réunion est édifiant. Jean Perreau-Pradier (Préfet) et Michel Debré (1er Ministre) n’ont pas hésité à bafouer la morale et le droit pour empêcher Paul Vergès d’accéder à un poste de Député. Ainsi, durant 30 ans (1956 à 1986), un Réunionnais a été privé de ce mandat. Malgré cette entrave électorale, la lutte s’est portée sur l’amélioration des conditions de vie quotidienne. Tout la société réunionnaise a profité des victoires obtenues.

Pendant ce temps, les pouvoirs successifs en France ont préféré compenser une gestion calamiteuse par des transferts publics massifs recyclés en profits privés. Le règne des monopoles et de la vie chère n’a pas d’autre source. C’est tellement florissant que le chiffre d’affaire à La Réunion en 2017 affichait 25 milliards d’euros pour 900 000 habitants, soient 25 000 euros par habitant. ! Ni l’éloignement, ni l’étroitesse ne font obstacle à l’expansion et à l’enrichissement de ces agents économico-politiques. En 2016, le PCR appelait à “mettre fin au néo-colonialisme” par un nouveau rassemblement politique responsable.

La référence à 1945 s’impose. La fin de la 2e guerre mondiale, le blocus naval et la misère coloniale ont conduit des femmes et des hommes de bonne volonté à constituer le CRADS. Le Comité Républicain d’Action Démocratique et Sociale est crée le 11 mars 1945 sous la présidence de Raymond Vergès. Aux municipales de Mai, il arrache 12 mairies sur 23 ainsi que les 2 sièges de Député le 21 octobre. Eugène Rousse a beaucoup contribué a faire connaître ces moments importants de notre histoire.

Aujourd’hui, la situation économique, sociale et politique se trouve dans une passe critique. Le réalisme va-t-il l’emporter sur la trahison des idéaux de 1945 par une élite locale qui a passé son temps à servir le pouvoir parisien ? En effet, nos aînés ont fait le pari de sortir de 3 siècles d’abomination et de domination par la voie démocratique. Après 73 ans d’errance, même pour occuper un simple emploi, notre légitimité est contestée ! Il doit bien y avoir des femmes et des hommes de bonne volonté pour mettre fin à cette pratique politique hors sol. La transition démocratique ouverte lors des Législatives du 21 octobre 1945 est toujours d’actualité.

Ary Yee Chong Tchi Kan