La mort du Père Jean Cardonnel

14 juillet 2009

Absent du département, je n’ai appris qu’à mon retour le décès du prêtre dominicain Jean Cardonnel, survenu le 4 juillet 2009, à l’âge de 88 ans.

Le Père Jean Cardonnel est né en 1921 à Figeac (Lot). Il se convertit à la révolution au cours de voyages au Brésil et en Chine. Il œuvre à la diffusion d’une certaine « théologie de la libération ». Ainsi, plusieurs mois à l’avance, il annonce les événements de mai 1968.

Nous étions de jeunes professeurs d’une trentaine d’années et nous avions quelque peu suivi le Père Jean Cardonnel lors de sa venue à La Réunion en 1969. C’était la première fois que nous entendions un prêtre à la libre parole tenir un langage en rupture avec la position de l’Eglise qu’il voulait secouer de son endormissement, accusateur, symbolisant ainsi le mouvement contestataire au sein de l’Eglise.

Monseigneur Gilbert Aubry a raison de dire qu’il avait une verve torrentielle. Jean Cardonnel avait « épousé la parole » (titre d’un de ses nombreux ouvrages).

Je viens de lire le texte de Saint-Jacques : « Mes frères, ne mêlez pas à des considérations de personnes la foi en notre Seigneur Jésus-Christ glorifié. Supposez qu’il entre dans votre assemblée un homme à bague d’or, en habit resplendissant, et qu’il entre aussi un pauvre en habit malpropre. Vous tournez vos regards vers celui qui porte l’habit resplendissant et vous lui dites : “Toi, assieds-toi ici à la place d’honneur”. Quant au pauvre, vous lui dites : “Toi, tiens-toi là debout”. Ou bien : “Assieds-toi en bas de mon escabeau”. Ne portez-vous pas en vous-mêmes un jugement, ne devenez-vous pas des juges aux pensées perverses ?... »

En 1975, j’ai eu le plaisir de lire son livre “L’Insurrection Chrétienne”. A sa manière, le Père Jean Cardonnel, également grand prédicateur aimant dialoguer avec les laïcs, a réveillé la conscience de beaucoup de jeunes de l’époque. Nous étions endormis dans notre cocon intérieur.

Je l’avais reçu à la maison, avec son compagnon de route de toujours, le Père René Payet. Nous avions eu une conversation franche et sans concession. Je garde de lui ces mots tirés de “L’Insurrection Chrétienne” :
« ... Tous les hommes sont doués. Je le crierai d’autant plus que les mécanismes d’avilissement, de mesquinisation, de barrage sont en place pour nous persuader du contraire ».
Son départ vers son “Père” me laisse un goût amer. Près de lui, l’électron libre qu’il fut a retrouvé les siens, pour continuer de confronter pensées et idées. Le nom de Jean Cardonnel résonnera encore longtemps. Ce frère qui se considérait comme « le nègre de Dieu » possédait une personnalité si fascinante, à la fois fidèle et rebelle, toute sa vie en butte à l’intolérable…

Marc Kichenapanaïdou


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus