Di sak na pou di

La pandémie du coronavirus par le détour d’une intelligibilité antique orientale, chinoise et indienne

Frédéric Paulus / 23 avril 2020

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Ce détour suscite une acculturation dans nos esprits qui devrait nous permettre d’envisager la pandémie du coronavirus selon un nouveau regard. La perception de l’organe « poumon » dans la culture traditionnelle antique chinoise ou indienne, selon les « sagesses intuitives » (voir le site 1) est systémique faisant partie d’un tout. A l’opposé, ce même organe en Occident est disséqué analytiquement sans lui avoir accordé une importance en relation avec les autres organes.

Le poète Alexander Pope (1688-1744) disait : « La vie que tu dissèques, tu la perds au moment où tu crois la trouver ». Selon la logique : « Le tout des organes est plus que la somme des parties », ce « tout » est à la fois l’ensemble des organes et l’environnement qui ne peuvent être appréhendés séparément. Le corps humain ne s’auto-engendre pas dans l’isolement humain, il est aussi fécondé par son environnement, deux faces d’une même réalité : le corporel et l’environnement. Si la peau contribue à l’oxygénation des tissus tout en constituant une barrière contre les infections, les poumons offrent une vulnérabilité bien connue aux virus que les virologues redoutent depuis Jenner, Koch ou Pasteur… Les poumons, comme la plus petite molécule d’un organisme humain ont leur histoire incluse dans un environnement.

Pour saisir la logique de cette vision orientale il nous faudrait procéder à une immersion archéologique qui remonterait à plusieurs milliards d’années. Le vivant est alors devenu aérobie, s’extrayant de la « soupe » originelle et ayant quitté sa logique vitale anaérobie. Après la première phase de la biologie ayant pour impératif vital l’alimentation (voir les travaux de Faustino Cordon (2) et sa fille Tereza), le premier animal terrestre aura dû s’adapter à un univers oxygéné. Sans détenir quelque certitude scientifique, l’intelligence orientale aura intuitivement imaginé métaphoriquement une logique qui attribue le primat à la fonction oxygénation avant même l’émergence de la fonction cardiaque (« l’empereur » des organes étant le cœur) a fortiori cérébrale, le cerveau étant une émergence ultérieure. Et à l’alimentation succédera « l’alimentation » émotionnelle et affective inscrite dans une histoire, même les plantes (3) auraient une affectivité et une mémoire. Et c’est cette histoire que la médecine occidentale occulte chez chaque patient, elle ne soigne que des corps.

Nous vivons dans une civilisation matérialiste qui aura orienté massivement son économie vers la production de biens matériels de plus en plus sophistiqués en ayant sous-évalué les besoins purement humain qui donnent sens à la vie. Alors que certains riches matériellement veulent être encore plus riches…
Nous sollicitons Jean-François Billeter, universitaire suisse (Berne) et spécialiste de la philosophie chinoise, pour nous aider à introduire une première approche de cette acculturation recherchée en nous-mêmes. Il nous initie à entre-« voir » l’infection par coronavirus, une affection qui touche les poumons, comme le syndrome d’un mal de civilisation dont ils seraient le maillon faible.
« Les images dont l’esprit se sert pour capter les sensations, il faut jusqu’à un certain point qu’il se les forme lui-même. Mais elles sont transmissibles, de sorte que nous pouvons aussi les emprunter à d’autres, à un ami ou à un maître, ou les trouver dans les livres. Les Chinois ont accumulé un riche trésor de ces images opérantes. Lorsque nous avons acquis assez d’expérience pour pouvoir y puiser, nous nous mettons à tirer parti de connaissances rassemblées depuis plus de deux millénaires. Nous commençons à bénéficier réellement des avantages de la « vision énergétique du système » et à mesurer son extraordinaire fécondité. », « Essai d’interprétation du chapitre 15 du Laozi », in « Études asiatiques », XXXIX, 1-2, p. 17, Berne, 1985. Cette citation nous paraît être une bonne introduction pour porter un nouveau regard sur cette pandémie d’origine infectieuse dont les poumons sont la voie première.

Ces traditions orientales s’expriment pour « nourrir l’esprit » par des allégories, des fables… et donc des images-symboles. Celles-ci contiendraient-elles potentiellement du sens ? Ont-elles des effets sur nos esprits en Occident ? Il est à craindre que la force attractive et inconsciemment persuasive de la culture matérialiste occidentale ait bousculé, même en Orient, cette sagesse antique dont il est bon de rappeler au moins quatre noms : Bouddha, Lao-Tseu et Confucius 5 ou 6 siècles avant J-C, auquel l’on pourrait rajouter Jésus, et plus récemment Ramana Maharchi (1879-1950).
Réinvestissant cette culture antique, nous pourrions interpréter la pandémie du Covid-19 comme le lourd tribut que paye l’Occident pour avoir sous-évalué la vulnérabilité organique pulmonaire face aux assauts aérobiques toxiques qui l’assaillent, dans des organismes où la culture du stress fonctionne comme une seconde nature physiologique.
Dans ce syndrome pulmonaire, « le terrain est tout », selon Claude Bernard. Le virus en est la face visible. La stratégie sanitaire se bornera-t-elle de promouvoir traitements et vaccins ou consistera-t-elle également à dépolluer la planète et à réfléchir aux valeurs qui fondent la République, dont nous avons eu une application, pour ce qui est de la fraternité, du personnel soignant à sauver des vies dont certaines présentaient des stigmates de mauvaise santé, ou comme il est dit : « qui présentent une morbidité additionnelle ». Il nous faudrait de toute urgence nous questionner sur une définition de la santé. Nous suggérerons celle-ci dès la conception de l’enfant : Désir de vivre, plaisir d’agir, se sentir exister, rapport actif avec l’environnement, créativité.

Réf :
1) Martine Clayeux, Institut Chun, voir le lien : http://www.institutchun.com/poumon-fonctions-mtc-medecine-traditionnelle-chinoise-energetique

2) Teresa Cordon, « L’origine de l’animal : première hypothèse de travail », pp. 477-496, in « Pour Darwin » sous la dir de Patrick Tort, (1997). http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=3975&r_id=&t=Les%20travaux%20de%20 %20Faustino%20Cordon%20et%20 l%27 %E9nigme%20du%20ph%E9nom%E8ne%20cancer%A0  ?

3) Francis Hallé, Eloge de la plante, Pour une nouvelle biologie, Seuil, Paris, (1999).

Frédéric Paulus, CEVOI (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)