Di sak na pou di

La Pentecôte, l’ouverture contre la clôture

Reynolds Michel / 1er juin 2017

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Lors de la campagne présidentielle, nous avons vu réapparaître une ancienne opposition utilisée par les observateurs pour marquer le clivage politique entre les candidats en compétition pour le poste suprême. C’est celle qui oppose en politique tout comme en morale et en religion ce que le philosophe Henri Bergson (1859-1941), appelait, en 1932, « le clos et l’ouvert » et que Karl Popper (1902-1994) reprend dans un livre célèbre ‒ la Société ouverte et ses ennemis, (1945), tout en élargissant la problématique.

Cette opposition entre « le clos et l’ouvert », entre « la société fermée et la société ouverte », cette opposition entre deux forces vitales qui déchirent l’humanité pour parler comme Bergson, traversent chaque sphère de nos sociétés ‒ sociale, économique, politique, culturelle, religieuse… ‒ et toutes nos sociétés. Ce combat de l’ouverture contre la fermeture est le combat qui s’impose à nous plus que jamais et il est à mener à tous les niveaux et sans relâche.

Les chrétiens qui s’apprêtent à fêter la Pentecôte savent que le Souffle Saint est donné en vue du salut/libération de tous les hommes, en vue de briser toutes les frontières et toutes les peurs. Que l’heure n’est pas à la spéculation, mais à la mobilisation des énergies, puisque l’Esprit est donné : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? » (Actes 1, 11).

Notons que c’est dans le même mouvement que les disciples, après la Résurrection, découvrent en Jésus de Nazareth, le visage de Dieu, qu’ils font l’expérience du souffle saint qui provoque à l’action, à la communion fraternelle ‒ où chacun sert la dignité des autres ‒ et à l’enfantement d’un monde nouveau. Le temps de l’Esprit, le temps de l’Eglise, c’est le temps de l’action. Un temps qui exige un mode de vie nouvelle selon l’Esprit, un mode de vie selon la justice et la paix : « Car le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Romains 14, 17)

C’est dire que ce statut de croyant comporte des implications éthiques inhérentes : « Puisque l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit » (Galates, 5, 25). Ou encore : « On est fils de Dieu quand on se laisse conduire par le souffle de Dieu » (Romains 8, 14 ; Luc 6,35). Et le fruit de l’Esprit, dit Paul dans l’épître aux Galates, est : amour, joie, paix, patience, serviabilité, douceur, maîtrise de soi (Galates 5, 22-23).

L’éthique de la Pentecôte est donc une éthique ouverte, hospitalière, pluraliste. C’est l’éthique de Matthieu 25 : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume… Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. » (…) En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits… c’est à moi que vous l’avez fait ! ».

Armés de cette éthique, autant laïque que religieuse, nous pouvons mieux faire face à toutes les peurs, menaces et autres ennemis de la société ouverte et de l’Esprit. La tâche ne va pas de soi, car nous vivons un temps où le clos semble gagner sur l’ouvert, où les divers fondamentalismes et populismes semblent prendre le pas sur les valeurs de la société ouverte et les valeurs de la Pentecôte.

Reynolds Michel