Di sak na pou di

La Pentecôte, sortir de tous nos confinements

Reynolds Michel / 30 mai 2020

JPEG - 17.3 ko

C’est dans la joie retrouvée de leurs lieux de culte, que les chrétiens vont pouvoir célébrer la fête de la Pentecôte. Fête juive du début des moissons puis du don de la loi sur le Sinaï (Chavouot), Pentecôte est une fête qui parle de vent, de souffle, de feu, de don, de puissance, de témoignage et de communion des humains entre eux dans la diversité des langues et des cultures. « Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils [les Apôtres, Marie et quelques proches] se trouvaient réunis tous ensemble. Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d’un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint » (Actes 1, 1-4). Et Saint Paul de préciser qu’à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun (1Corinthiens 12,7).
Investi de l’esprit, le croyant est celui qui doit manifester l’Esprit et le rendre visible en tout pour le bien de tous. Et ce, en mettant ses pas dans les traces de Jésus de Nazareth pour faire advenir un règne de justice et de paix. « Car le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint », nous dit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains (Rm 14,17). L’Esprit est un dynamisme qui met le croyant en mouvement : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre », disait Jésus à ses disciples au moment de son Ascension (Actes 1, 8).

Sortir de nos confinements spirituels et autres enfermements

Les chrétiens, plus particulièrement les catholiques, ont manifesté une certaine impatience pour retourner au plus vite dans leurs églises en vue de célébrer ensemble dans la convivialité l’Eucharistie (la fraction du pain) et les autres sacrements. Faire communauté est important, l’Esprit est donné en vue de cela également, mais ce n’est pas pour nous confiner entre nous, pour vivre dans l’entre-soi, dans un splendide isolement communautaire. C’est en vue du témoignage qu’est versé l’Esprit de la Pentecôte, nous dit Saint Luc (Actes 1, 8). La Pentecôte est un appel à sortir de nos cénacles étriqués, de nos prisons dorées, de nos certitudes, de nos préjugés et de nos vieux schémas théologiques pour rejoindre le Christ sur les routes de la Galilée du monde, pour trouver le Christ « dans les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent », nous dit le Concile Vatican II (Gaudium et Spes).
Qu’ont fait les apôtres après l’effusion de l’Esprit sur eux le jour de la Pentecôte ? Ayant reçu la force de l’Esprit, ils ont eu le courage de sortir de la salle du Cénacle où ils étaient craintivement enfermés et de témoigner de la résurrection du Christ et de faire connaître son enseignement… en se laissant entraîner dans un mouvement qui est « communion » avec tous les peuples de la terre. « Car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse » dit Paul (2 Timothée, 1,7). Les actions de l’Esprit seront désormais dans le prolongement de la mission terrestre de Jésus ; elles perpétueront ses actions, ses options, ses idéaux, sa perception de Dieu et de l’être humain. « Si nous vivons par l’Esprit, si nous marchons sous l’impulsion de l’Esprit, le christianisme sera feu, vie, sens, souffle créateur, amour inventif au service des personnes, vivante et aimante liberté », disait Mgr Guy Riobé de si regretté mémoire (In La liberté du Christ, Stock/Cerf, 1974, p. 184).

« Où le Christ donne-t-il aujourd’hui rendez-vous à l’Eglise ? »

Je me demande avec d’autres s’il ne convient pas de voir dans nos églises vides ou fermées durant le temps de confinement un signe de Dieu nous invitant à sortir de notre confinement spirituel et autres pour écouter la voix d’en haut qui nous dit : « Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il vous précède en Galilée ». Mais où se trouve la Galilée d’aujourd’hui, où nous pouvons rencontrer le Christ vivant ? se demande le père Tomas Halik, professeur de sociologie et président de l’Académie chrétienne tchèque. (In La Vie, 24/04/2020). Et dans le temps qui s’ouvre pour elle après la pandémie de Covid-19, « où le Christ donne-t-il rendez-vous à l’Eglise » interroge pour sa part la théologienne et bibliste Anne-Marie Pelletier (In La Vie, 05/05/2020).

Nous rejoignons ici l’appel d’une quinzaine de personnalités et responsables d’associations catholiques, parmi lesquelles la Société Saint-Vincent de Paul, le Secours catholique, les AFC…, appelant les catholiques à aller au-devant de leurs concitoyens fragilisés par la crise sanitaire (Cf. Aide à l’Eglise en Détresse, 12/05/2020). Seule, disent-ils, une Église en sortie, servante et pauvre, pourra échapper aux tentations mortifères du repli sur soi. Un extrait de leur appel :

« Nous sortirons pour visiter toutes ces personnes éprouvées par l’expérience de la solitude au cours de ces longues semaines ;

Nous sortirons pour consoler ces familles abimées par ce confinement dans des logements exigus et insalubres, et pour prendre soin des enfants victimes de l’exaspération de leurs parents ;

Nous sortirons pour soutenir ces femmes qui auront subi la brutalité de leur conjoint sans pouvoir y échapper, et pour accompagner ces hommes qui se sont réfugiés dans l’alcool, la drogue ou la pornographie ;

Nous sortirons pour proposer de nouveaux modes de vie prophétiques, et construire avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté la civilisation de l’amour ».

La grande question est comment allons-nous ensemble, croyants et non-croyants, affronter les grands défis à venir ?

Reynolds Michel