La perversion du catastrophisme

6 avril 2007

Il semblerait que des catastrophes viennent régulièrement s’abattre sur l’île. En fait, elles ont toujours existé, mais aujourd’hui elles prennent une grande ampleur aux yeux du monde du fait de leur diffusion par les médias notamment télévisés. Et notre département est très bien outillé pour faire passer ce type de message. Ainsi lorsqu’un déréglé va pêcher le requin avec de la viande de chien, les médias se focalisent sur l’exception et les images circulent de par le monde ; entre les attaques de requins, les éboulis meurtriers, l’épidémie du chikungunya ou le phare sur l’image choc du pont de la rivière Saint-Étienne coupé en petits morceaux, l’opinion publique nationale pense que notre île est en état de siège - ce qui n’est pas vrai - et les touristes qui osent braver les images négatives sont surpris de notre île paisible lorsqu’ils débarquent. Que faire ?
À ce mal de sensationnel (nos amis mauriciens sont beaucoup plus intelligents, il ne font pas étalage de leur maux, ils ont une conscience économique pour le bien de leur pays), s’ajoutent des tarifs aériens souvent prohibitifs, du fait de l’absence de concurrence, et parfois une absence de structuration hôtelière adaptée notamment dans les hauts. Ainsi entre l’image catastrophe, le coût aérien et l’accueil non structuré vous avez le triptyque d’une politique d’échec, alors que notre île est belle.
Un voyageur qui tout récemment venait de Maurice était surpris par le nombre de touristes à l’aéroport de plaisance et au grand vide qui le même jour caractérisait celui de notre aéroport Roland Garros (Gillot)...
Or, le développement de l’île et la lutte contre le chômage passe en grande partie dans la pérennisation du tourisme pays... À qui la faute ? Pourquoi cette crise ? À l’État peut-être, aux collectivités et aux politiques sûrement, aux médias certainement et à nous tous particuliers, ça c’est bien certain. Tant que le fonctionnaire de service ou l’habitant du coin ne comprendra pas qu’en étant aimable, accueillant il aide au développement et contribue à sa façon, même la plus humble, au développement du pays donc de l’emploi de ses frères réunionnais, le développement ne pourra se faire. J’ai eu le privilège en janvier dernier de déambuler à l’île de Gorée. J’ai retrouvé les Sénégalais de toujours, courtois, chaleureux, joyeux, expansifs malgré leurs immenses difficultés. Là aussi, nous continuerons à la complaisance facile des colloques interminables qui spécifient que nous vivons dans le meilleur des mondes, alterné par le mur des lamentations des intérêts catégoriels, nous serons en perpétuelle dichotomie entre le dire et le réel. Or, le réel nous appelle, ne nous appelle-t-il pas à être plus entreprenant ?

Christian Vittori


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Témoignages - 82e année


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