Di sak na pou di

La phrase qui tue

François Maugis / 19 décembre 2018

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Permettez-moi, cher Jean-Michel Sautron, de citer cette phrase contenue dans votre courrier du 7 décembre dernier : « La gouvernance mondiale de l’économie impose des règles qui contraignent à des restrictions budgétaires pour plus de compétitivité ».

Pour les règles d’une grande puissance qui veut se mesurer aux autres grandes puissances, vous avez parfaitement raison. Mais pour les petits territoires, les petites iles qui courent désespérément après l’équilibre, la paix sociale et le bonheur, il en va tout autrement. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent : la Corse, en conflit permanent avec la mère patrie, l’ile d’El Hierro (Açores, Espagne, Océan atlantique) qui est en voie de conquérir son indépendance énergétique, l’ile de North Sentinel (Inde, Océan Indien) dont la mère patrie a bien compris la spécificité et qui laisse ses primitifs habitants vivre leur vie, etc. Il y a même l’Angleterre, ex grande puissance mondiale mais ile qui se demande aujourd’hui quel est son véritable destin.

Diversité, diversité vous dis-je. Je pense qu’aujourd’hui, dans ce monde troublé, il est temps de se poser (que l’humanité se pose) la question qui tue, ou plutôt la question qui nous permettrait à tous de revivre. Pourquoi abandonner cette richesse qu’est la diversité des hommes, des nations, des territoires, des civilisations, des cultures des croyances, des systèmes socio-économiques, des politiques, etc. ? ». D’autres l’on dit avant moi : « L’ennui naquit un jour de l’uniformité » ou « Le cerveau se nourrit du changement et se détruit par la routine », etc. L’écrivain François de Closets nous annonce même que cette folle compétition des grands vers le « toujours plus » nous mène à l’asphyxie, l’apocalypse, la fin du Monde.

N’y aurait-il pas sur notre malheureuse planète, de place pour la diversité, cette qualité du milieu naturel que nous défendons bec et ongle et que nous appelons la biodiversité ? Bizarrement nous défendons cette richesse, à juste titre, lorsqu’il s’agit de la vie dans le Monde, mais nous l’oublierions lorsqu’il s’agit de l’espèce humaine ?
Non, vivre autrement, peut-être, mais se priver du superflu et même de l’indispensable pour que la mère patrie gagne quelques points dans la course mondiale au succès économique illusoire et mortifère, non. Et cela, d’autant plus que cette société monolithique est fragile. Comme dans la nature, c’est la diversité des situations et des comportements, la richesse des interactions qui représente la richesse réelle, la cohérence et la solidité de l’ensemble.

Alors, comme l’on fait nos ancêtres, n’ayons pas peur d’être intelligents, de nous adapter aux situations, aux territoires sur lesquels nous vivons. Il y a ici, à La Réunion, un phénoménal potentiel inexploité, justement parce que nous comptons trop sur la goyave de France. Je vous le dis, mes amis, la nôtre est bien meilleure.

François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain, philosophe et conférencier