Di sak na pou di

La pléthorite, le cancer de l’humanité

Témoignages.re / 15 mai 2018

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Si l’on souhaite comprendre un peu le monde qui nous entoure, rien de tel que prendre du recul. Cette simple observation d’une planète dont la moitié de la population meurt de faim (ou presque), et l’autre moitié meurt de pléthorite (la maladie de la démesure, de l’excès ou du « toujours plus »), stigmatise le déséquilibre mortel d’une humanité en dérive. Alors, bien sûr, on peut se contenter de subir, de profiter ou de souffrir, mais si l’on souhaite mourir la conscience tranquille, on doit se battre pour résoudre le problème ou le dénoncer car rien n’est pire en tel cas, que l’hypocrisie, l’inaction ou le silence. Prendre la route de la vie les yeux fermés, nous amène tous ver le précipice.
Sur notre ile, il est criminel de ne pas voir que vivre sous perfusion, importer dix fois plus que ce que l’on exporte, n’est ni durable ni viable à long terme. Le manque d’activité du territoire qui résulte de cette situation, génère chômage massif et mécontentement de la population. Je ne sais comment résoudre ces deux problèmes (perfusion et chômage) pourtant fortement liés l’un à l’autre. Mais dire que ces problèmes n’existent pas est le moyen le plus sûr de ne jamais les résoudre. S’ils n’ont pas cette vision globale, les chômeurs ne connaîtront ni l’origine de leurs problèmes ni les responsables ni les bons interlocuteurs. S’ils n’ont pas cette vision globale, les décideurs, les économistes, les politiques seront dans l’incapacité de les résoudre, même s’ils le souhaitent.
Et ne croyez pas que, fortune ou misère, sont mérités. La plupart du temps ce sont les hasards de la naissance ou de la vie qui, plus que votre mérite, ont fait votre fortune. Quant aux malheureux, peut-on dire qu’ils ont moins de valeur humaine que les autres ? Certainement pas. Alors, d’où vient le mal ? Tout simplement d’un système très hypocrite qui, au détriment des valeurs humaines, attache trop d’importance aux valeurs matérielles.
Il ne s’agit pas de nier la valeur de la civilisation mais, simplement, de dénoncer ses dérives. Il y a au sein de notre univers naturel terrestre, la loi intangible des grands équilibres et, c’est cette loi qui a construit la superbe enveloppe de notre exceptionnelle planète bleue que tous les extraterrestres nous envient. Peut-on dire que l’astuce de ce singe sans queue est venue perturber cet équilibre ? Sans doute. Et, même si ce déséquilibre est provisoire à l’échelle géologique, il semble dévastateur à l’échelle humaine. C’est probablement un accident extraterrestre (un astéroïde) qui a fait disparaître les dinosaures. C’est un accident d’une toute autre nature qui risque de faire disparaître les humains. L’homme n’est probablement pas plus fort que la Nature mai, grâce au développement de ses capacités cognitives, il est devenu capable de perturber gravement ces grands équilibres. Perturber un équilibre au niveau cellulaire provoque une maladie que l’on nomme « cancer ». Perturber nos grands équilibres naturels terrestres, est donc bien une sorte de cancer de l’humanité, maladie qui risque fort de lui être fatale. Ses illusoires capacités cognitives lui ont fait croire qu’elle allait pouvoir dominer le Monde. En réalité, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, les humains n’ont pas vu, pas compris ou pas senti toutes les subtilités de la mécanique du vivant. L’homme croit dominer en détruisant. Il ne fait qu’effleurer la surface des choses. Il y a sous cette surface, un monde infiniment plus complexe et plus puissant qui lui échappe et, quoi qu’il fasse, qui lui survivra.
Alors, intéressons-nous à ces équilibres, explorons cet univers du vivant que, finalement, nous connaissons si peu, comprenons les mécanismes millénaires qui, d’une boule de feu invivable, ont fait un paradis, une profusion de vie, un monde équilibré et beau. Alors, peut-être, s’il n’est pas trop tard, nous retrouverons nous-même cet équilibre durable que, semble-t-il, nous avons perdu.

François Maugis, président de l’association Énergie Environnement et
Frédéric Paulus, directeur scientifique du Centre d’Étude du Vivant de l’Océan Indien