La République contre la désinformation

2 mai 2007

Point n’est besoin d’être un observateur averti pour s’apercevoir, en lisant les journaux, en écoutant la radio, mais surtout en regardant attentivement la télévision, combien nous sommes souvent mal informés. Mais, comble du paradoxe, jamais nous n’avons connu une telle surabondance d’informations qui sont déversées continuellement sur notre petit écran. Et rien de plus éclairant à ce sujet que la manière dont y sont traitées ce qu’on appelait naguère les nouvelles. Présentées sans queue ni tête, dans un ordre tout à fait arbitraire, selon l’importance qu’on veut bien leur accorder, avec comme principal critère la recherche du sensationnel orchestrée par l’audimat. Quand on ne va pas carrément jusqu’à en omettre ou en escamoter quelques unes. Tout cela, dites-vous, pour répondre à des consignes venues d’en haut. Sans aucun doute. Mais pas seulement : si des journalistes acceptent de se prêter à ce jeu, ce n’est pas non plus en raison de je ne sais quel machiavélisme, mais tout simplement « parce qu’ils sont eux-mêmes conditionnés, à un degré que la plupart ne soupçonnent pas », nous révèle le sociologue Alain Accardo, auteur de livres et d’études sur le journalisme, dans un article paru dans ‘‘Le Monde diplomatique’’ : « Il leur suffit souvent de travailler ‘‘comme ils sentent’’ pour travailler ‘‘comme ils doivent’’. C’est-à-dire comme ils ne devraient pas. »
Le meilleur exemple de désinformation nous est fourni en ce moment par ce qui se passe sous nos yeux avec la retransmission de la campagne pour les élections présidentielles françaises. Car, malgré d’habiles montages destinés à sauver les apparences et un comptage du temps de paroles trop bien fait pour être honnête, on voit clairement de quel côté se penche la balance. C’est tellement flagrant que François Bayrou a été amené à réagir contre ces atteintes à la liberté d’expression. Ce qu’il dénonçait naguère, il le dénonce aujourd’hui avec d’autant plus de force que le débat télévisé qui était programmé avec Ségolène Royal a failli ne pas avoir lieu à cause des pressions exercées : « Par toute une série de réseaux, qui rapprochent de très grandes puissances financières et médiatiques autour de Nicolas Sarkozy, les interventions directes sont faites auprès des rédactions, auprès des chaînes de manière que l’information se trouve verrouillée. »
Mais en réalité, Bayrou ne va pas assez loin. Il n’indique pas clairement la cause, le principe, la source empoisonnée de ce système médiatique si bien rodé, mis en place depuis longtemps déjà et qui sert précisément en priorité les intérêts des ‘‘puissances financières’’. C’est le libéralisme, puisqu’il faut l’appeler par son nom, aux effets multiples et multipliés, et dont il se réclame toujours avec la même force. Puissent les embûches rencontrées sur son passage lui ouvrir enfin les yeux et lui faire comprendre qu’il y a au fond incompatibilité entre la République et le Tout marché.

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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