La République contre la peur

11 avril 2007

Par plusieurs signes qui ne trompent pas, et en raison de l’acharnement du pouvoir à vouloir se maintenir en place coûte que coûte afin de conserver ses avantages et ses privilèges, cette élection présidentielle, plus encore que la précédente, et comme la quasi-totalité des élections dans le monde, se fait sous le signe de la peur, dont le principal effet est d’éloigner à chaque fois l’avènement de la République.

Peur panique de la majorité parlementaire sortante de ne plus retrouver comme avant tous ses sièges, peur viscérale qu’elle nourrit pour les immigrés, seuls responsables à ses yeux de l’insécurité à travers le pays, et peur entretenue en permanence dans l’opinion, à qui l’on veut faire croire que ce qu’on n’a pas réussi à faire pendant cinq ans de plein pouvoir, on est prêt à le réaliser tout de suite d’un coup de baguette magique, et que pour régler ce problème lancinant, quasiment insoluble de l’immigration, si on ne le pose pas à l’échelle du monde, il suffirait, en « essayant seulement de changer de trottoir », de passer du ministère de l’Intérieur, où l’on dispose déjà de tous les moyens, à la présidence de la République française ! C’est à se demander si les violents incidents qui ont éclaté à la gare du Nord, le lendemain même du départ du ministre, sont uniquement le fruit du hasard.

Mais si c’était par calcul, alors ce serait infiniment plus grave. Car ce serait littéralement jouer avec le feu en faisant semblant d’ignorer la situation réelle du pays, avec ses deux ou trois ou quatre millions de chômeurs, et après les émeutes dans les banlieues, les puissantes manifestations de rue tout le long de l’année et les différents revers électoraux subis par cette même majorité. D’autant que, pour faire oublier un bilan unanimement contesté d’un gouvernement rejeté de toutes parts, auquel, qu’on le veuille ou non, on se trouve étroitement associé, on est amené à multiplier les promesses qu’on ne pourra jamais tenir.

Il est clair que le changement tant attendu comme la rupture avec la politique en cours ne peuvent venir de ce côté. D’où la stratégie du camouflage et de la fuite en avant. Mais il est tout aussi clair que la gauche baptisée plurielle, après son expérience à demi réussie des années 81 et qui se présente aussi divisée au premier tour de cette élection, aura du mal à imposer sa politique au risque d’oublier en chemin les principes qui l’auraient portée au pouvoir. Sera-t-elle capable en effet de relever les grands défis qui se posent au pays en ce début du 21ème siècle et qui passent par un choix historique incontournable : ou bien la République, à mettre entièrement en chantier, depuis A jusqu’à Z, puisqu’elle n’a jamais vraiment existé, ou bien le Tout marché, poursuivant inexorablement sa marche au profit exclusif de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre ?

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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