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par le Dr Raymond Vergès

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La République contre la société de marché

Tribune libre

mardi 22 mai 2007

À tous ceux qui disent à Ségolène Royal qui a jeté toutes ses forces dans la bataille de la Présidentielle : ‘‘il aurait fallu...’’, on a envie de demander s’ils ont fait vraiment tout leur possible pour l’aider de la manière la plus efficace avec tout leur cœur, si la solution qu’ils proposent aujourd’hui de ‘‘rénover’’ le parti et de l’ouvrir vers le centre et même au-delà correspond bien aux objectifs initialement définis et si, en définitive, elle n’est pas contraire à l’idéal du Parti Socialiste.
Car enfin, n’est-ce pas François Mitterrand lui-même qui déclarait au congrès unificateur d’Épinay, en juin 1971 : « Celui qui n’accepte pas la rupture ... avec l’ordre établi, ... avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ! » De ce parti ... qui met « le réformisme au service des espérances révolutionnaires » et qui se dit « favorable à une société d’économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournit à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général... », que reste-t-il aujourd’hui ? N’est-il pas devenu, sans oser le dire ouvertement, ce qu’il n’a cessé d’être, un parti social-démocrate ayant pleinement intégré l’économie de marché ? Et celui qui a occupé le poste de premier secrétaire, avant d’être désigné comme candidat à la Présidence de la République française, puis élu et réélu à la magistrature suprême, qui proclamait haut et fort « Nous allons changer la vie » sera le même qui fera ratifier le fameux traité de Maastricht et qui énoncera, lors d’une présentation des vœux de nouvel an, à ses compatriotes : « De cette Europe, je vous ai parlé à plusieurs reprises. Demain ce sera chose faite ; pour les marchandises et les capitaux tout de suite ; pour les hommes bientôt. » Plus de quinze ans après, les ‘‘hommes’’ attendent toujours !
Quant au rapport constant entretenu par les instances du parti avec les puissances d’argent, il n’a guère évolué. Lionel Jospin, alors Premier ministre, a cru un moment pouvoir s’en sortir avec cette formule équivoque : « Oui à l’économie de marché, non à la société de marché », ce qui, de fait, revient au même. Entre-temps, les Français, subissant de plein fouet les effets désastreux de la mondialisation, accentués par la politique européenne, ont rejeté massivement par referendum le nouveau traité « établissant une constitution pour l’Europe ».
Par ses déclarations sur la démocratie participative et les jurys citoyens, la candidate Ségolène Royal a ouvert une brèche dans le système dit libéral en tentant de donner du sens à la devise de la République si dénaturée, mais elle n’arrive toujours pas à se dépêtrer de cette ambiguïté par rapport au “capitalisme”, dans laquelle s’enferrent les dirigeants de son parti, et qui lui fait dire qu’elle est, elle aussi, pour l’économie de marché à condition cependant qu’elle soit « régulée ». Et c’est là où le bât blesse : l’exemple criant des “délocalisations” comme le scandale des “stock options” et des “golden parachutes” montre à quel point ces règles sont loin d’être respectées.
Après l’épreuve du scrutin présidentiel, il est grand temps pour le Parti Socialiste, s’il veut rester fidèle à son idéal et ne pas trahir le peuple de France quelque peu désorienté, de clarifier. De clarifier dans son rapport avec le monde de la finance, des affaires ; plutôt que de “rénover” seulement pour les apparences. Et de s’ouvrir franchement, délibérément, non vers le centre de l’échiquier politique pour des raisons électoralistes liées à une éventuelle entrée au gouvernement, mais vers l’ensemble de toutes celles et de tous ceux qui connaissent une vie difficile, qui souffrent à cause du pouvoir en place et qui, tôt ou tard ont besoin d’être vigoureusement défendus. De s’ouvrir enfin, du même mouvement, vers toutes les victimes du libéralisme dans le monde afin de les aider à sortir de l’impasse où ils se trouvent pour construire, tous ensemble la République.

Georges Benne


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