La Réunion en ébullition ?

13 mars 2009

Les observateurs politiques avaient prédit une Réunion calme. Faisant partie des cinq continents, nous sommes un peuple composé de cinq composantes. Avec le COSPAR (Collectif, syndicats …), nous avons montré notre unité, l’unité du peuple d’une île au nom prédestiné, l’unité des Réunionnais. Nous sommes ainsi parvenus à définir 62 points de revendication. Ce qui était impossible hier sera possible aujourd’hui. Ce que le gouvernement et le patronat donnent d’une main, ils le reprennent de l’autre. Nous sommes un peuple qui a souffert pendant des siècles. La société de consommation est entrée de plein fouet dans tous les foyers, les besoins se sont fait sentir. Nos foyers vivent à plusieurs vitesses : il y a ceux qui arrivent à s’en sortir et ceux qui rament tous les jours. Les familles des années 60 qui pensent aujourd’hui pouvoir vivre de leurs petites retraites sont obligées d’accueillir leurs enfants souvent en charge de famille, qui reviennent chez elles parce qu’ils ne peuvent plus vivre de leurs propres moyens.

J’ai rencontré un père de famille qui avait honte de lui-même. Au chômage depuis plus de dix ans, il vit du RMI et travaille au noir par-ci par-là. Ses enfants ne l’ont jamais connu dans un travail stable et régulier. Il lit à travers leurs regards des besoins de leur âge, qu’il ne peut pas satisfaire. Il ne se passe pas un jour où il ne se sent pas révolté devant cette situation. Il a décidé de ne plus s’inscrire à l’ANPE, car c’est avec arrogance que l’employé lui demande, chaque mois, de venir à un entretien. Il est obligé de payer le bus sur son petit RMI. Une fois de plus, la paperasserie étouffe l’administration.
Sa femme a obtenu une petite « pratique de linge », qui permet d’acheter quelques produits alimentaires. Dernièrement, de retour d’un supermarché, elle lui montre son “bazar” et lui dit : « Tu vois, il y a deux ou trois ans de cela, avec 100 euros, j’avais le sac bien rempli. Aujourd’hui, il est vide. La vie est tellement chère qu’on n’arrive plus à faire un marché normalement ».
Personnellement, je ne pense pas qu’avec 200 euros d’augmentation, la baisse des prix sur 52 familles de produits alimentaires, du gaz et du carburant, la vie à La Réunion sera meilleure.

Tous les médias de France et de La Réunion ont parlé du déchaînement de violence au Chaudron, ce mardi 10 octobre 2009. Certains le condamnent facilement, d’autres essaient de comprendre ce phénomène de ras-le-bol. Il faut regretter et même condamner les affrontements physiques de part et d’autre.

Pourquoi cette violence ? Ne faut-il pas voir les jeux dangereux entre les partenaires longtemps inégaux et un Etat qui n’a plus ni autorité cohérente, ni sens de la discipline civique, ni mesure, et qui frappe aveuglément quand il frappe, pour céder à la violence dès qu’elle se manifeste ? Car, hélas ! la violence paie et elle seule aujourd’hui est capable de secouer l’inertie des pouvoirs publics trop souvent occupés à défendre des intérêts privés plutôt que le bien commun et une administration bloquée, incapable de faire face à ses tâches.
Qu’elle résulte de l’inconscience, de l’inertie, de l’ignorance ou de la ruse, l’attitude des pouvoirs publics ne fait qu’encourager cette violence et, dans bien des domaines, la répression ne saurait remplacer des réformes devenues inévitables.

Car toute la violence de la société à l’égard des individus ne se réduit pas à des peines correctives, à des emprisonnements, voire à des chars écrasant les révoltes. Il est des formes de violence plus subtiles et plus sournoises. Le chômage, l’injustice sociale, la misère, des lois qui n’entraînent plus le consensus de la majorité du pays en sont les formes courantes et voilées.

Il y aurait là ample matière à réflexion pour nos augures… Plutôt que de déplorer la violence, plutôt que de prendre contre elle des mesures de répression qui sont encore une de ses formes et qui, de plus en plus, entraînent des réactions défavorables de la population, ne serait-il pas plus sage de se pencher honnêtement et courageusement sur les problèmes et de supprimer à leur source les causes qui l’engendrent ?

C’est là la mission de l’Etat et ceux qui, à sa tête, détiennent les pouvoirs de décision et sont loin de donner toujours l’exemple de cette politique énergique, réfléchie et cohérente, que tout honnête citoyen désireux de vivre en paix est en droit d’attendre.

Il faut radicalement un changement dans ce pays, un changement de statut par une répartition plus juste des richesses, que les plus riches cessent de s’enrichir, que les pauvres puissent vivre plus dignement.

Les États généraux sont-ils une solution vers une assemblée unique ? L’avenir nous le dira…

Marc Kichenapanaïdou


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