La Réunion, que veut dire ton nom ?

4 mars 2006

C’est le 20 février 1794, il y a exactement deux cent douze ans, que notre île qui s’appelait alors “île Bourbon”, du nom de la famille du roi de France, change de nom et devient “île de La Réunion”. Parmi les explications avancées, celle que l’Histoire aura finalement retenue c’est l’hommage rendu par la Convention nationale aux Fédérés marseillais et aux Gardes nationaux de Paris pour s’être réunis le 10 août 1792 afin de prendre d’assaut le Palais des Tuileries et suspendre les pouvoirs du roi Louis 16.

À la veille de ses quatre-vingt-cinq ans, l’occasion nous a paru belle pour demander au père Jean Cardonnel, grand ami de La Réunion et du peuple réunionnais depuis 1969, date à laquelle il est venu chez nous pour la première fois, de nous dire ce qu’un tel nom représente pour lui.

"Il est curieux et même déconcertant que l’on s’obstine à faire semblant de ne pas voir le sens le plus évident d’un mot, d’un nom. Il est étrange et ahurissant que beaucoup, y compris des Réunionnais, ne voient pas du premier coup ce que La Réunion signifie : l’acte même de réunir. Et pas de réunir une population. Et beaucoup plus que de réunir un peuple particulier, fût-il le peuple réunionnais, fût-il encore moins le peuple français. Autrement dit, La Réunion n’a même pas besoin de complément, direct ou indirect. Car elle ne peut réunir que l’universalité, que l’humanité archaïquement ou très modernement morcelée en nations particulières. Et du coup, il ne saurait exister la moindre frontière pour La Réunion. Il est aussi étrange qu’il soit urgent de le répéter sur tous les tons et sur tous les toits.

La Réunion, mais il est scandaleux qu’elle ait pu être d’abord une île... Bourbon. Il est encore plus scandaleux qu’elle ait pu être une réserve d’esclaves au service de la lointaine monarchie française. Et l’on ne sort pas encore du scandale en passant de la terre d’esclavage à la colonie. Et même de la colonie au département français, que l’on tient, non sans raison, à distinguer de la métropole par le fait qu’il est d’outre-mer.
La Réunion, c’est tout de même autre chose qu’un folklore qui agrémenterait la Nation France, avec ses ancêtres prétendument communs, les Gaulois. Et tout devient soudain d’une extraordinaire limpidité : La Réunion sera toujours à l’étroit dans les limites nationales, coloniales, départementales puisqu’elle ne peut trouver son identité que dans l’avènement d’enfin... d’enfin l’humanité. Aussi n’est-il pas innocent mais ô combien révélateur d’appeler le lieu où siège une partie de la représentation parlementaire de la République française... le Palais...Bourbon. Rien n’illustre mieux, chez les Français de métropole comme chez les Réunionnais, la nostalgie persistante de la monarchie... républicaine !

À la lumière de ce constat d’un véritable déni d’identité, j’éprouve une peine immense en solidarité fraternelle avec le peuple réunionnais devant la terrible maladie qui le ronge actuellement et qui rend encore plus palpable l’humiliation qu’il a subie pendant des siècles ! " (Jean Cardonnel).

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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