Di sak na pou di

La Réunion société créole et interculturelle

Radjah Veloupoulé / 15 octobre 2016

La société interculturelle se définit comme un ensemble de populations de cultures diverses qui ont en commun le respect mutuel et mettent en avant la volonté de vivre ensemble avec les différences. Elle se distingue du multiculturalisme dans lequel les contraintes du vivre-ensemble sont réduites au minimum avec une simple juxtaposition des cultures, et de l’assimilation culturelle qui conduit à l’alignement des cultures minoritaires sur la plus forte en faisant disparaitre les différences.

La créolisation s’applique aux cultures issues des rencontres entre populations européennes colonisatrices et populations colonisées. Elle est à la source de cultures originales.

L’interculturel voit dans la créolisation un processus qui n’a pas simplement eu lieu dans les Caraïbes et l’océan Indien depuis quatre siècles, mais qui a toujours existé partout dans le monde. L’etude de la créolisation est intéressante pour découvrir comment des cultures ont pu voir le jour, et selon toute vraisemblance, sont encore en train de naitre sous nos yeux. La véritable mondialisation sera sans doute la créolisation.

La Reunion est la représentation même de ce mouvement dialectique permanent de construction et d’accueil de soi et de l’autre, qui ne se limite ni à un territoire, ni à une filiation, ni à une langue. A La Reunion, depuis le début du peuplement de l’ile, a commencé la créolisation. Descendants de plusieurs civilisations (Europe, Afrique, Chine, Inde musulmane, Inde dravidienne, insulaire regroupant Madagascar, Mayotte, Comores) les habitants ont vehiculé différentes manières d’être au monde, par leurs religions, leurs musiques, leurs gastronomies, les arts vestimentaires et leurs langues ancestrales. En un mot, leurs cultures.

L’identité réunionnaise s’est ainsi élaborée sur plus de trois cents ans pour être aujourd’hui reconnue sur toute la planète et le créole réunionnais a acquis, difficilement, le statut de langue à part entière, puisque enseignée et institutionnalisée. Société interculturelle, la Reunion se distingue par la coexistence pacifique des trois plus importantes religions et un dialogue interreligieux s’est constitué corrélativement. L’alterité, la reconnaissance de la différence d’autrui est la base de la sociabilité dans l’ile, ce qui évite des conflits qui font rage ailleurs. L’Histoire a engendré un rapprochement obligé entre personnes d’horizons différents et la langue a servi de ciment sociologique.

Personne ne place sa culture d’origine avant son appartenance à l’ile. Personne ne peut se déclarer détenteur d’une quelconque primauté puisque l’ile était déserte.

On est Réunionnais de telle ou telle origine, puis français, puis européen, mais surtout citoyen du monde, dans la tète et dans les gènes. Des retours aux sources s’effectuent mais sans renier l’identité réunionnaise. Et cette identité ouverte, diverse,’tout-monde’ (Edouard Glissant) ne cesse d’accueillir, de recueillir, et de se renouveler. Et la créolisation est un processus concomitant de cette société toujours à améliorer par le travail sur soi et de sa citoyenneté. Ainsi les deux risques que soulignait Aimé Cesser, « l’enfermement dans le particulier et la dilution dans l’universel », n’exposent-ils pas aux tentations délétères de l’extrémisme et de l’assimilation à outrance.

Le processus de créolisation s’avère donc enrichissant, en ce qu’il est agrégation d’éléments autres et non soustractif, rejet de ce qui n’est pas soi.

Radjah Veloupoulé