L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
15 février 2007

Le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources terrestres posent de façon de plus en plus évidente le problème de la survie de l’espèce tout entière. Si on bavarde beaucoup sur le développement durable à l’occasion de la campagne présidentielle actuelle, les choix économiques faits par nos responsables sont loin de refléter un tel mode de développement. La Mondialisation est de plus en plus basée sur un commerce d’import/export totalement irresponsable et destructeur pour la planète. C’est maintenant devenu un axe essentiel de la production mondiale : presque tout ce qui est produit localement doit être à priori destiné à une consommation lointaine réclamant une consommation d’énergie de plus en plus grande pour la commercialisation et le transport des marchandises. Étant peu porteuses de plus-value pour ce commerce international, la production pour la consommation locale est en effet partout dévalorisée et découragée. Cela fait vulgaire de consommer local et la propagande publicitaire se charge de cultiver le goût du produit étranger : il est donc de bon ton de consommer des produits d’importation et d’exporter les productions locales que ce commerce nomade veut bien aller vendre ailleurs. Et peu importe les dégâts écologiques et sociaux que tout cela peut causer au passage.
Laisser goutter son robinet ou ne pas fermer sa lumière, « ce n’est pas bon pour la planète ! » nous fait justement remarquer la gentille dame de la télé, et chacun fait mine hypocritement de croire que c’est par ailleurs sans danger pour la planète d’aller chercher à l’autre bout du monde toutes sortes de produits qui pourraient très bien être produits sur place : des fruits et des légumes, des appareils électroménagers, des voitures, etc. Tout cela après avoir fermé des usines locales et réduit à la misère des millions de gens, tout en lançant sur terre, sur mer et dans les airs de nouvelles armadas de véhicules crachant aveuglément leurs pets de pollution pour transporter ces produits pour le plus grand profit de l’import/export. La gentille petite dame de la télé se garde bien cette fois de dire que « tout cela n’est pas bon non plus pour la planète ! » Sans doute parce que ce ne serait pas bon non plus pour les profits réalisés par ce commerce irresponsable ! La planète peut bien crever pour le plus grand profit d’une minorité de favorisés. Censure, hypocrisie et langue de bois !
En plein Océan Indien, La Réunion pourrait aujourd’hui être considérée comme un microcosme ou une sorte de thermomètre de ces problèmes de survie, tout comme l’île de Pâques au milieu du Pacifique souvent présentée comme un modèle passé d’autodestruction de communauté humaine.
Les dieux de l’Ile de Paques exigeaient que les arbres soient sacrifiés jusqu’au dernier pour véhiculer des statues de plus en plus imposantes vers leurs lieux de culte, mais le dieu du marché et de la consommation qui règne en maître à La Réunion n’est pas moins exigeant. Notre île a depuis longtemps fait tous les choix menant à l’autodestruction : surpeuplement et production uniquement basée sur l’import/export. À la suite d’un développement sauvage marqué par un passé d’esclavage et de corruption, elle a été impitoyablement déboisée au cours des siècles précédents, comme le dénonçait déjà Georges Sand dans la Revue des Deux Mondes en 1863. Mais non contents d’avoir dénudé notre île, nous nous acharnons maintenant à la bétonner pour véhiculer nous aussi nos statues modernes (nos voitures !), elles aussi toujours plus nombreuses et gourmandes, vers ces nouveaux lieux de culte que sont devenus les centres de consommation.
Ce bétonnage devenu maintenant systématique pourrait bien se poursuivre jusqu’au dernier mètre carré. S’il n’est pas envisageable que notre île se replie sur elle-même, elle devrait tout de même apprendre à produire un peu plus localement les produits qu’elle consomme quotidiennement, et à consommer un peu moins d’énergie en ne cherchant pas à tout prix à copier le modèle de consommation européen ou américain, notamment en matière de circulation automobile.
Le choix du tout routier et du transport individuel est devenu un véritable fléau à La Réunion. Au rythme actuel, de nouvelles routes seront toujours nécessaires et de nouvelles surfaces devront en conséquence être bétonnées pour répondre à cet appétit insatiable du dieu du marché. Les habitants de l’île de Pâques ont coupé jusqu’au dernier arbre. Irons-nous jusqu’à bétonner le dernier mètre carré de notre île ? Comme le disait déjà Georges Sand décidément visionnaire pour son époque, le climat pourrait bien « nous refuser la vie » si nous persistions dans ce comportement irresponsable.
Benoît Lebon
Saint Gilles
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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