La Shoah, l’enfant et la vie

19 février 2008

La grande difficulté de l’enseignement et de l’éducation, c’est que, pour l’enfant, l’adulte est à la fois un repère et un adversaire. Un repère, car l’enfant sait qu’il sera un adulte un jour, et un adversaire, car la confrontation avec l’adulte est un jeu comme un autre qui lui permet de progresser dans la connaissance. La compréhension par l’enfant du statut d’adulte (utilisé comme repère) s’acquière avec le temps. (On est d’abord un enfant avant d’être un adulte). Le jeu d’opposition avec l’adulte-adversaire a des résultats plus immédiats, il permet à l’enfant de construire chaque jour sa personnalité et son caractère.

Dans ces conditions, quelle sera la réaction de mon enfant si je lui dis : « Dans le passé, des enfants comme toi sont morts atrocement et injustement par la faute de certains adultes ». Que deviennent les repères, que devient le jeu ? Pour ce qui est du repère, il ne s’agit pas de mettre l’adulte sur un piédestal mythique, mais il ne s’agit pas non plus de noircir le tableau. Et faire brûler des enfants dans des fours, car ils viennent d’Israël, est le tableau le plus noir du statut d’adulte que l’on peut montrer à un enfant. Même en compensant cette information noire par le portrait lumineux de quelques hommes admirables, je ne suis pas sûr que le résultat soit bon. A l’âge tendre, il faut des informations douces, ou un peu plus soft, comme on dit aujourd’hui. Il y a semble-t-il des choses qu’il ne vaut mieux pas voir avant 12, 16 ou 18 ans. Et je vois mal comment cette histoire d’enfant mort pourrait intervenir dans les jeux qui permettent au petit enfant de se construire. Il y a bien sûr la saine réaction de la majorité des jeunes qui disent : « Quand je serai grand, je changerai le Monde ». Mais l’histoire du Monde est suffisamment sombre pour ne pas noircir inutilement et prématurément le tableau.
On peut d’ailleurs se demander si les suicidaires assassins qui se mettent aujourd’hui à tirer sur leurs petits camarades ne sont pas victimes d’une désespérance qui les aurait rendu fous. Et puis, comment faire comprendre à un enfant ce que les adultes eux-mêmes ont tant de mal à appréhender. Claude Lanzman, l’auteur d’un documentaire de 9 heures sur la Shoah, nous explique même qu’il a eu du mal à donner un nom à cet évènement de l’Histoire, tant il dépasse l’entendement humain. Alors, expliquer ça à des enfants, c’est manquer de discernement, c’est alourdir la tâche déjà insupportable des enseignants, ce n’est pas raisonnable.

Sarkozy a-t-il raison d’être à l’image de cette société un peu folle qui marche sur la tête ? On peut se le demander.

François Maugis


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Témoignages - 82e année


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