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La Sobriété heureuse de Pierre Rabhi n’est pas morte avec lui

mercredi 8 décembre 2021, par Bruno Bourgeon


C’était un pionnier de l’agroécologie, le porte-voix des « Colibris », appelant chacun à « faire sa part » : Pierre Rabhi, mort à l’âge de 83 ans le 4 décembre laisse orphelin les adeptes de la « sobriété heureuse ». Il avait affronté des polémiques ces dernières années.


« Aujourd’hui, la civilisation moderne, technico-scientifico-financiero-profitante, a mis les êtres humains hors sol dans des mégapoles gigantesques et monstrueuses. Chacun vit dans sa petite alvéole, dans un monde vaste dans lequel il n’est pas inclus. La société moderne c’est 11 mois de coma et 1 mois de réanimation » 
Pierre Rabhi ne mâchait pas ses en 2017 avant des élections présidentielles dont il espérait que pourrait émerger un monde nouveau, construit sur d’autres bases que l’élection d’un homme qui concentre les pouvoirs.
Figure incontournable de l’agroécologie, il est mort le 4 décembre à l’âge de 83 ans des suites d’une hémorragie cérébrale. Né en 1938 dans le sud de l’Algérie, Pierre Rabhi s’installe en 1960 dans le sud de la France. Dans sa ferme, le paysan ardéchois pratique l’agroécologie. Très vite, il devient une des voix écologistes les plus écoutées en France.
En 2007, il cofonde avec Cyril Dion, devenu réalisateur à succès, le mouvement Colibris. La philosophie prônée par l’association s’appuie sur une légende amérindienne que Pierre Rabhi racontait à l’envi.

Un fort succès

Pierre Rabhi avait convaincu et fédéré une forte communauté autour de lui, de l’actrice Marion Cotillard au moine bouddhiste Mathieu Ricard qui le considérait comme frère de conscience. Conférences, interventions à la radio, à la TV, dans les journaux… chaque prise de parole de Pierre Rabhi est un succès. En 2010, celui qui ne voulait pas être un gourou, publie « Vers la sobriété heureuse », vendu à plus de 460 000 exemplaires. Un succès inédit. « Comme le montre Pierre Rabhi de manière lumineuse, élégante et sans concession, la sobriété heureuse, ou encore la simplicité volontaire, ne consiste pas à se priver de ce qui nous rend heureux – ce serait absurde – mais à mieux comprendre ce qui procure une satisfaction véritable et à ne plus être assoiffé de ce qui engendre plus de tourment que de bonheur », préfaçait Mathieu Ricard.

La philosophie très politique de Pierre Rabhi peut se résumer ainsi : partir de l’agriculture sans engrais et pesticides pour revenir à l’économie à échelle humaine qui permet de subvenir naturellement à ses besoins. Il y évoquait l’hypothèse « d’une crise alimentaire qui pourrait permettre de remettre les pendules à l’heure et de se rendre compte de ce qui est vraiment essentiel. »

Six ans après, en pleine crise du COVID et après un été où les catastrophes climatiques se sont multipliées, ces propos prennent une acuité particulière. L’Europe ne connaît pas de crises alimentaires comme le Kenya ou Madagascar, mais elle fait face à de fortes pénuries dans de nombreux secteurs et le mode de vie urbain semble progressivement remis en cause.

Une part d’ombre

Reste aussi de cet homme de 83 ans une part d’ombre, qui lui a valu des hommages contrastés. L’ancienne candidate à la primaire EELV, Sandrine Rousseau, a salué « ce précurseur incroyable de l’écologie, la sobriété heureuse et le colibri » tout en le définissant comme « conservateur sur les questions sociétales, l’homosexualité et les femmes ».

Pierre Rabhi considérait en effet comme « dangereuse pour l’avenir de l’humanité la validation de la famille “homosexuelle” alors que par définition cette relation est inféconde », écrivait-il dans un livre d’entretiens paru en 2013 chez Actes Sud. En août 2018, une grande enquête parue dans le Monde Diplomatique sur « le système Rabhi » est venue ternir l’image du philosophe. Le journaliste Jean-Baptiste Malet y critiquait la « forme d’écologie non politique, spiritualiste et individualiste, qui appelle une prise de conscience des personnes » et considérait que « Mr Rabhi avait su mobiliser l’imaginaire du paradis perdu et en faire un produit de consommation de masse. »

Pierre Rabhi a en tous cas incité de nombreuses personnes a développé des modes de vie alternatifs et auto suffisants. La France en compte près de 1000 de natures différentes. Elles ne sont pas mortes avec lui, et devraient lui survivre.
Finalement prophète très conservateur, irrationaliste, Rabhi était l’un et l’autre, progressiste et réac, innovant et irrationaliste, une partie de Rabhi témoignait de l’évolution des valeurs tandis que l’autre était restée 50 ans en arrière. Rabhi fut une sorte de mutant, témoin des évolutions ultra rapides de notre époque.

Bruno Bourgeon, aid97400.re
D’après Novéthic : https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/avec-la-mort-de-pierre-rabhi-son-reve-de-sobriete-heureuse-150369.html



Voir en ligne : https://www.novethic.fr/actualite/e...


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