Di sak na pou di

La théorie freudienne du psychisme : un château de cartes ?

Frédéric Paulus / 6 octobre 2016

La première « fissure » qui déstabilise la théorie provient des recherches en éthologie, lorsque John Harlow, étudie l’attachement chez les primates, plus particulièrement les singes rhésus : Lors d’expérimentations, il teste ce lien en isolant des petits singes avec des mères artificielles (répliques constituées de fil de fer, de fausse fourrure). Il s’aperçoit que les bébés singes peuvent être attachés affectivement à des substituts dévitalisés.

Cette exploration n’aura pas permis se savoir si, entre l’attachement expérimental à une fourrure artificielle ou à un grillage métallique, le bébé signe aurait manifesté une préférence. Les esprits des chercheurs se sont limités à démontrer le phénomène de l’empreinte et les séquelles d’un attachement insécurisant. Ils n’ont également pas porté d’attention au détachement (John Bolwby) lorsque le développement de l’enfant n’est pas entravé dans son individuation. Dans des configurations culturelles lorsque l’enfant est entouré de plusieurs femmes (contexte de polygamie, en Afrique, par exemple), empiriquement les femmes ne manifestant pas d’attitudes bien différenciées par rapport aux soins portés aux enfants peuvent s’apercevoir des préférences que manifestent les enfants pour être maternés par telle ou telle substitut. (Mes observations en Algérie et au Burkina Faso).

Informés de nos jours par les capacités de discriminations que manifestent les bébés, on pourrait relire l’hypothèse de l’attachement œdipien tel qu’il a été transposé par Freud pour en faire un organisateur universel de la psyché. Cette théorie serait à relativiser, voire à envisager comme un obstacle nous empêchant d’entrevoir le développement de l’enfant sous un autre regard.

Pour Paul Veyne, auteur de l’ouvrage « Les Grecs ont-ils crus à leurs mythes ? », (1983) : « le mythe d’Œdipe relève d’un cas de figure et non d’un passage obligé qui structurerait la psyché ». Pour la théorie psychanalytique, cette relecture peut générer la levée d’un interdit, celui de penser fondamentalement autrement la vie psychique. Cette déconstruction théorique devrait susciter une libéralisation de la pensée, et, donc, une créativité psychique. Ce renversement prenant appui sur le désir de l’enfant dans son désir fondamental de vivre. L’enfant aurait d’autres intérêts que de rester attaché à ses parents, ou de nourrir des sentiments hostiles, dans une civilisation, où le détachement affectif des enfants n’est pas consciemment envisagé. C’est ainsi que j’ai pensé pouvoir avancer des arguments (sans trop de succès à la Réunion) pour rénover la philosophie de l’éducation en proposant de fonder l’éducation sur les sensations, dans un contexte où, de plus en plus, les études sur la sensorialité et les capacités discriminatives et empathiques des bébés (et même dès la vie fœtale) font la une des journaux à chaque nouvelle avancée.

Frédéric Paulus – CEVOI