Laïcité de la Bible

26 juin 2008

NOUS sommes quelques-uns à qui s’adresse le reproche permanent “vous interprétez”. Mais alors, si nous n’interprétons pas, nous ne faisons que citer, et rien n’est plus meurtrier de la Parole, du Verbe que la citation. Et la citation du texte sans l’élémentaire passion de l’interpréter, de l’incarner, de le créer, mais c’est le massacre de la Parole à grands coups d’esclavage sous couleur de fidélité au texte mort. C’est tout à fait dans ce sens que l’apôtre Paul pouvait écrire il y a plus de deux mille ans en sa 2ème épître aux Corinthiens : « La lettre tue, l’esprit vivifie ».
La Bible déborde ce que l’on dit, à savoir qu’elle serait par essence le Livre sacré. En réalité, sa force vient de ce qu’elle nous raconte, avec ses nombreuses et inévitables contradictions, l’histoire multiforme de l’aventure humaine et même de l’universelle création.
De la sorte, enfin désacralisée, la Bible est arrachée à toute incarcération religieuse pour devenir le conte fantastique de la libération universelle, sorti pour toujours de son carcan religieux.
Finissons-en avec une conception étroitement religieuse de l’immense récit biblique. Comme le disait admirablement un pasteur protestant : « Dieu est laïque, l’Homme, hélas, est religieux ».

Père Jean Cardonnel


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Témoignages - 82e année


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