Di sak na pou di

« Lanzistisman maintenant ! » : la réparation du crime de l’esclavage à La Réunion

Stéphane Albora / 22 janvier 2021

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Il y a 20 ans la loi du 10 mai 2001 portée par la députée de Guyane Christiane Taubira reconnaît la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.
En parallèle à La Réunion, se crée le Collectif Lanzistisman, le Comité Réunionnais pour la Réparation de l’esclavage, fondé en décembre 2001 par des militants culturels et antiracistes qui avaient organisé à l’aéroport de Gillot des manifestations contre la venue dans l’île des candidats de l’extrême-droite à l’élection présidentielle de 2002.

Près de 20 ans plus tard, malgré l’héroïque combat pour la dignité retrouvée des Réunionnais, et des descendants d’esclaves de par le Monde, force est de constater que la bataille pour la réparation n’a pas encore abouti. Cette partie sombre de notre histoire qu’est l’esclavage et la traite négrière mérite d’être réparée. Nous Réunionnais, nous portons ce crime aujourd’hui encore dans nos veines et notre ADN. Il est donc tout à fait légitime de poursuivre cette lutte pour la réparation des blessures physiques et morales que ce crime a laissé depuis le début du peuplement de la Réunion il y a déjà 4 siècles.

Au nom du collectif restauré, au nom de tous les blessés que nous sommes aujourd’hui encore, j’interpelle nos élus locaux et nationaux pour qu’ils soutiennent et mènent de front ce combat pour la réparation financière, culturelle, historique dont notre chère mère patrie la France nous est redevable.
Portons ensemble aujourd’hui ce combat pour la reconnaissance et la réparation de ce crime atroce dont nous subissons encore les séquelles aujourd’hui.

Mesdames, Messieurs nos élus, nous vous avions confiés cette responsabilité de soigner la polis(la cité) en vous choisissant en tant que représentant de ce peuple martyrisé par son histoire. Rencontrons-nous afin de bâtir une revendication commune pour défendre notre droit le plus légitime qu’est la réparation des plaies de l’esclavage.
172 ans après l’abolition de l’esclavage à la Réunion, 138 ans après la fin de l’engagisme, 20 ans après que l’esclavage et la traite négrière soit reconnu crime contre l’humanité, quelles réparations de ces atrocités subies avons-nous ?

La Réunion n’est pas seule à s’inscrire dans cette lutte pour la réparation des sombres plaies de son histoire. Ce combat est aussi soutenu entre autres par Kamala Harris 1ère femme et la 1ère Afro - Américaine vice-présidente des États - Unis investie ce 20 janvier 2020 et qui a déclaré en avril 2019 qu’elle soutenait les réparations de l’esclavage. De même, dans les îles de la Caraïbe anglophone, peuplées très majoritairement de descendants d’esclaves, une Commission des réparations a été créée, à l’instar de la commission Vérité et Reconciliation d’Afrique du Sud, en septembre 2013. Ces nations caraibéennes ont ensuite dévoilé un Plan pour une réconciliation et une justice réparatrice. Christiane Taubira elle-même en juin 2019 soulignait que ce crime est par essence irréparable mais qu’il ne doit pas s’exonérer des réparations notamment économiques ou encore foncières par rapport à l’appropriation des terres qui relevait de la “prédation”.

Le collectif « Lanzistisman Maintenant », demande que justice soit rendue maintenant. Maintenant n’attendons plus, ne soyons plus ces oubliés de l’Histoire. Mesdames, Messieurs nos représentants, militons ensemble en faveur de cette lutte en mémoire de ceux qui avant nous ont subi, ont été déshumanisés et rendu à l’état de meuble. Demandons que justice soit rendue à juste titre à nos aîeux et à nous aujourd’hui pour que demain nos enfants n’aient plus à porter ces stigmates, ces plaies, ces douleurs d’un crime odieux, sans doute le pire crime qui puisse être subi.

Pour le Collectif Lanzistisman Maintenant
Le porte-parole, Stéphane Albora