Le cadeau du Dodo

2 octobre 2006

Comment, une statue en l’honneur du Dodo disparu, décida d’offrir en remerciement à la population qui la vénérait, un cadeau qui allait marquer pour longtemps La Réunion ?

Sainte Marie, Rond Point de Duparc, la statue du Dodo, fière d’être enfin reconnue, trône, le bec au vent. Tous les matins le même rituel, aller voir maître dodo et lui apporter des offrandes.

Chacun y va avec ce qu’il a de meilleur. C’est à celui qui offrira le présent le plus surprenant. Danses et musiques rythment ces offrandes.
Petits et grands partagent ces moments.

Au bout de quelques semaines, à la levée du jour, un phénomène spectaculaire se produisit. Un cri strident envahit le ciel de Ste Marie.
Que s’était-il passé ? Ce cri venait du Rond Point.
De tous les coins de la ville, la population accourut pour essayer de comprendre. Extraordinaire surprise, la statue du Dodo avait pondu.
Dans un nid, construit on ne sait comment avec la paille d’un végétal encore inconnu, 12 magnifiques œufs tous plus beaux les uns que les autres s’offraient au soleil matinal.

Les journaux, la télé, les médias du monde entier affluèrent pour couvrir cet évènement extraordinaire.
Dès lors, la population se rendait de nouveau au rond-point, toujours pour “vénérer” le Dodo, espérant peut-être un autre “miracle”.
Au bout de 8 jours, le même cri strident retentit.
Le Dodo avait de nouveau donné signe de vie.
Malgré la population présente autour du nid, le silence régnait comme au plus profond de la nuit.
Il se passait quelque chose dans le nid. Un œuf se craquela, le responsable du centre ornithologique s’approcha et constata la plus inattendue des naissances. Ce n’était pas un petit dodo qui venait de naître mais, il fallait bien l’accepter, une bouteille, petite, ambrée, fraîche.
Sur l’étiquette, une petite tête souriante de dodo.
En quelques minutes, les 11 autres œufs dévoilèrent leur secret.

Délicatement, on déboucha la première bouteille. Une mousse blanche aux parfums envoûtants en sortit. Un volontaire s’approcha et osa goûter ce nouveau breuvage. Un large sourire emplit son visage, une envie de tremper de nouveau ses lèvres dans le verre s’empara de lui. C’était le plus merveilleux des breuvages qu’il ait jamais bus. Tous voulurent goûter.
On garda précieusement les 11 autres bouteilles afin de les analyser et comprendre leur composition.
Les conversations allaient bon train sur la ville, tous y allaient de leur explication. Miracle, magie, sorcellerie ....

Le matin suivant, même cri strident et même découverte : 12 œufs.
Tous les matins qui suivirent, la population assistait à la même scène. 12 œufs avaient été pondus.
Il fallut les déplacer et les mettre dans un endroit qui recréait au mieux les particularités d’un nid pour leur permettre d’éclore dans les meilleures conditions. On fabriqua une machine que l’on surnomma "la couveuse".

Au bout de 8 jours les “naissances” reprirent. La chaîne était créée.
Les bouteilles au délicieux nectar s’alignaient les unes à côté des autres.
Des dégustations furent proposées. Un succès phénoménal.

Il fallut s’organiser. On venait de partout pour " goûter " la nouvelle boisson.
À leur arrivée, les gens ne manquaient pas de montrer leur bonheur de découvrir la statue pondeuse et tous se mettaient à crier dès qu’ils l’apercevaient :
" La dodo lé là ! "
(La formule est d’ailleurs restée jusqu’à aujourd’hui et fait la fierté de la société qui a continué l’exploitation de ce breuvage “réunionnais”.)

Les analyses effectuées sur les premières bouteilles permirent de comprendre la composition de ce breuvage. Il fut aisé de le reproduire en laboratoire et ainsi l’offrir à tous les pèlerins qui se rendaient sur les lieux de la ponte.
Pour répondre à la demande croissante, une usine de fabrication fut implantée sur l’île.
La suite vous la connaissez.

La ponte miraculeuse a cessé, mais aujourd’hui, dans le fond de la Rivière St-Denis, vous pouvez visiter cette usine ainsi que la maison qui est consacrée à ce breuvage.

Et n’oubliez pas aussi, de rendre visite à “cette” Dodo souriante qui trône toujours au centre du Rond Point de Duparc à Ste Marie.

Merci à Joëlle
Patrick Arnould, à jeûn


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Témoignages - 82e année


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