Di sak na pou di

Le cancer et le rêve en tant qu’impulseur de potentialités organiques et psychologiques

Frédéric Paulus / 18 avril 2018

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Le rêve qui suit est présenté par l’une des analysantes du psychanalyste Suisse Carl Gustave Jung. Il est exposé dans un de ses ouvrages « Psychologie de l’inconscient », [1].
« La rêveuse est sur le point de franchir un large ruisseau. Il n’y a pas de pont. Mais elle trouve un endroit où elle peut traverser. Comme justement elle est en grain de le faire, une grosse écrevisse, qui était cachée dans l’eau, la saisit au pied et ne la lâche plus. Elle se réveille angoissée ».
Il s’avère qu’un cancer fatal se déclara chez cette analysante quelque temps après ce rêve. Dans cet ouvrage où il est présenté, Jung aborde la question de la régression psychologique et de l’empêchement de s’individuer (des difficultés à devenir soi). On peut aussi se reporter à l’étude de la psychanalyste Geneviève Guy-Gillet qui dira que « ce rêve illustre de façon exemplaire une figure de régression, saisie ici, dans ce temps si particulier où tout hésite encore mais où déjà l’immobilité se perçoit comme un recul. La sécheresse même du discours du rêve concentre notre regard sur une attente qui peu à peu se fige et se vide de tout devenir » [2].
Nous voudrions soulever complémentairement aux analyses et interprétations des analystes d’inspiration jungienne la capacité qu’aurait le cerveau à imager une disposition latente intermêlée organique et psychologique qui prendrait la forme de rêve indiquant une inclinaison à anticiper la réalité. Nous avons déjà dans ces colonnes abordé le sujet d’une intelligence ancestrale imagée qui anticiperait l’avènement dans la réalité la prise de conscience d’un scénario mis en forme lors d’un rêve indiquant sa possible fonction anticipatrice. Cette présentation fut illustrée par l’exemple de cette conseillère municipale d’une ville du Nord de l’île qui avait rêvé l’assassinat du Président Égyptien Sadate quelques jours avant son attentat, ce que nous avons voulu interpréter avec la participation active de la rêveuse comme un rêve anticipateur.
Nous voulons relever l’hypothèse d’une intelligence instinctive subliminale qui annoncerait sous l’expression d’images une réalité psychologique profonde cherchant à s’exprimer sous la forme imageante qui s’avèrerait « intelligente ». Cette capacité cérébrale, dont on ne connaît pas encore les caractéristiques organiques, illustrerait des dispositions organiques qui chercheraient à indiquer une intelligibilité prenant la forme d’images illustrant des potentialités en attente d’expression en fonction de l’histoire du rêveur.
Cette déduction serait compatible avec les constatations cliniques que nous avons présentées à propos d’une intelligence des rêves qui dégagerait un sens sous la forme d’image, faculté sélectionnée avant que nous ayons accédé au langage parlé et articulé. Le rêve exprimerait instinctivement d’une façon qui nous semble « authentique » comme un état des lieux de potentialités organiques et psychologiques disponibles mobilisables pour une éventuelle guérison. A contrario, comme dans le cas de cette analysante de Jung, le caractère « authentique » du rêve énacterait en images des faiblesses et défaillances innées et acquises liées à l’histoire du rêveur. Celles-ci se mettraient en acte imageant que serait le rêve transmettant une indication sur les forces et énergies psychiques disponibles ou (et) défaillantes.
Si nos déductions sont quelque peu plausibles nous pourrions considérer le rêve comme un allié (ou un indicateur) thérapeutique potentiel qui nous renseignerait quant aux dispositions onto-phylogénétiques disponibles en latence et mobilisables lors d’une démarche soignante de personnes touchées par le cancer. Et ceci complémentairement aux soins purement médicaux.
Le rêve apparaît comme un instinct qui se culturalise par le vecteur de l’image en fonction de l’histoire de la personne. Un instinct de signification. Il y a intelligence parce que le cerveau arrive à créer un scénario avec des images en imaginant une réalité avant qu’elle ne se réalise.
Geneviève Guy-Gillet rajoute cette allusion éthologique : « Les paysans de la Haute-Tarentaise racontent que la nuit qui précède « la grande avalanche » les bêtes ne se couchent pas, restant éveillées à l’écoute de ce formidable silence où se creuse et prend forme un terrifiant fracas qui le fera éclater au matin. »

Frédéric Paulus, Directeur scientifique du CEVOI

[1Carl G. Jung, Psychologie de l’inconscient, Genève, Georg, 1951.

[2Geneviève Guy-Gillet, Le chemin de l’écrevisse ou la régression en questions, Cahier de psychologie Jungienne, N° 47, 1985/4.