Di sak na pou di

Le cancer : un syndrome épigénétiquement émergent ?

Frédéric Paulus / 5 avril 2017

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L’image qui nous est venue, suite à la conférence de Gilles de la Brière, fondateur et animateur de l’association « Cancer et Métabolisme », sera celle du naufrage d’un paquebot (l’organisme) dont les passagers (les cellules) cherchent désespérément à survivre (jusqu’à devenir des cellules cancéreuses immortelles en culture).

Ne pouvant s’individuer en exprimant l’authenticité de leurs potentialités, en fait leur raison d’être dans un organisme « structuré par niveaux d’organisation » dépendants les uns des autres (Henri Laborit), les cellules agressées dans leur environnement s’adapteraient épigénétiquement aux contraintes extérieures en se métamorphosant qualifiée de « cancéreuses » pour survivre. Un exemple de métamorphose similaire sur la mouche du vinaigre illustre ce processus avancé par Alain Prochiantz, dans son ouvrage « Qu’est-ce que le vivant ?, Seuil, (2012). L’auteur rapporte des expériences (publiées dans la Revue « Nature ») faites sur la mouche drosophile qui ont démontré que « des modifications du phénotype liées à des traitements pharmacologiques au cours du développement (un stress) font apparaître des traits nouveaux, par exemple une modification de la forme des yeux »… « La modification de la forme des yeux n’est pas une adaptation, mais un trait collatéral qui accompagne l’adaptation », p. 28. Certains passagers (de notre paquebot en perdition) subissent par émergence une modification physique, ils « optent instinctivement », ne pouvant quitter le navire (l’organisme), en ayant recours à une modification cancéreuse radicale de leur expression génomique. Le processus n’est pas encore connu. Les cellules deviennent cancéreuses épigénétiquement, ce serait le prix à payer pour survivre ?

Dans notre hypothèse, une logique darwinienne serait de rester en vie en se désolidarisant de l’ensemble de l’organisme structuré par niveaux initialement coopératifs d’organisation, du niveau quantique et moléculaire et passant par les autres niveaux de complexité assurant d’ordinaire régulation (par feed-back), reproduction (nous changeons de peau tous les cinq jours) et autopoïèse (nous changeons par exemple d’intestin grêle tous les cinq jours)… Le cancer serait caractéristique d’un syndrome trans-organique car il touche indifféremment tous les tissus et organes dans des conditions de vie métabolique entropique. Gilles de la Brière, reprenant les travaux du prix Nobel Otto Warburg (1883-1970), dira que « pour différentes raisons, il se crée dans notre corps une zone d’inflammation, cette zone si elle persiste provoque un gonflement des tissus (exemple la bronchite tabagique). Ce gonflement se durcit, le sang circule moins, les cellules commencent à manquer d’oxygène et de nourriture. D’un côté elles se mettent en régime anaérobique pour survivre avec moins d’oxygène, de l’autre elles courent après toute la nourriture possible, en particulier le glucose. Ce glucose qu’elles ne peuvent pas transformer en énergie par manque d’oxygène, elles le transforment en acide lactique. Ceci va favoriser des divisions (mitoses) anarchiques. Le cancer est alors en marche. »

Nous tenons à remercier le conférencier domicilié en Haute Savoie d’être venu nous faire part de son engagement fraternel, sans aide publique, pour susciter un questionnement. Rappelons que certains médecins, tel le docteur Thierry Jansen, posent la question « La maladie a-t-elle un sens ? » (Pocket 2010), ce qui aura manqué ce soir là. La discussion avec l’auditoire qui a vite basculé sur les produits ou les traitements chimiques « miracles » aura fait l’impasse sur l’histoire du malade. La critique que nous nous permettons de soulever, ayant accompagné un proche durant toutes les étapes du traitement (classique) : opération chirurgicale, « chimio » et rayons…, les praticiens rencontrés cherchaient à « vaincre » le cancer sans s’occuper du malade dans sa singularité.

Certaines équipes médicales en Allemagne semblent avoir pris conscience de cette posture codifiée culturellement en cherchant l’implication du patient activement sollicité et informé dans le processus de soins. J’en étais arrivé à penser que les oncologues rencontrés en France se désintéressaient de leur malade. Il serait peut-être plus juste de penser que ces praticiens seraient enfermés dans des représentations occultant la sensibilité quantique et sensorielle et l’histoire de leurs patients. Peut-être le Docteur Luc Perino (Lyon) dirait-il qu’il nous faudrait en venir à « une médecine évolutionniste », (Seuil 2017), engendrant « une nouvelle vison de la santé » ?

La biologie de l’émergence, pourtant sous nos yeux, resterait à explorer en considérant le cancer comme un langage et non comme une maladie. Notre équipe en arrive même à envisager la prouesse d’une intelligence subliminale de la personne touchée qui serait renseignée (à son insu), en rêves, de potentialités disponibles prenant la forme d’images oniriques renouant peut-être avec une époque lointaine où l’image devait constituer le vecteur de la communication avec le geste et le cri. L’irruption de rêves significatifs émergerait selon une forte probabilité lors de l’annonce du diagnostic créant un choc émotionnel potentiellement mobilisable lors du processus de soin.

Frédéric Paulus, CEVOI