Le Cap de “La Bonne Espérance”

16 octobre 2007

« J’ai fait un rêve que les enfants des anciens esclaves et ceux des anciens maîtres se réunissent autour de la table de la fraternité », disait à son époque Martin Luther King, phrase que notre vieil ami conteur Albert Elie aimait inlassablement dire et redire... Cela a pu se faire grâce à la République.
Au XVIIIe siècle, il existait en Bourgogne, à Dijon, une église de la Bonne Espérance dédiée à la Vierge Noire et j’imagine Jean-Baptiste Goeffroy, l’ingénieur et artiste peintre, enfant dans cette église au nom si évocateur... avant de découvrir la belle... Niama (qui devait ressembler à la belle Rama Yade ?).
Quant au Cap de la Bonne Espérance, l’église de La Réunion devrait lui dresser un Ex Voto ou faire comme les moines bouddhistes, tourner inlassablement les moulins à prière à son intention... Je m’explique... des marins conquérants, nous savons, grâce à José-Maria de Hérédia,
« ... Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;
Ou penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles »
Et lorsque les bateaux de l’océan Atlantique, après un long périple, arrivaient devant la pointe extrême du grand continent (l’Afrique était alors terra incognita), la brise se levait, elle devenait ouragan et tous tremblaient comme des feuilles balayées par le vent de la tempête... Tous les voyageurs ont décrit cette tempête au large du Cap de Bonne Espérance. Depuis les premiers navigateurs explorateurs Jean et Lucas Charpentier, les capitaines poètes sur leurs deux “flûtes” qu’ils dénommèrent “Le sacré” et “La pensée”. Dans la fin du XVIème siècle, au bon Abbé Macquet au XIXème siècle, même Victorine Monniot l’évoque dans son “Journal de Marguerite”... Lorsque la tempête est là, les yeux et les cœurs se tournent alors vers la consolatrice, la Vierge Marie, nous qui sommes des pauvres pêcheurs, et c’est ainsi que des vœux se firent et que des marins qui franchirent le cap des tempêtes construisirent une église à... Sainte-Marie de La Réunion. L’Abbé Maupoint, le deuxième évêque, lui aussi l’invoqua. C’est ainsi que l’église de la Délivrance au bas de la Rivière de Saint-Denis prit tant d’importance... Oui, l’église de La Réunion doit une fière chandelle à ce Cap, car c’est toujours quand le ciel gronde et se zèbre de mille éclairs que les prières fusent le plus. L’Homme est souvent faible et retrouve l’essentiel quand sa peau est en danger. Si, de surcroît, cela aboutit au final à une construction qui servira aux fidèles, que demander de plus ?... C’est donc en partie sur ce Cap que s’est construite notre église Australe. En ces périodes où la mer des Antilles et des Caraïbes va être célébrée lyriquement à la rue Oudinot pour un Salon du Livre monodimensionnel, il me semblait important de rappeler ces faits de notre bon vieil océan Indien qui, lui aussi, existe, sur un sujet qui fit couler... de l’encre.
“Maritimement” vôtre !

Christian Vittori


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