Di sak na pou di

Le cerveau conduit l’action, crée des images, des gestes, des cris, parle

Frédéric Paulus / 2 novembre 2017

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Toutes ces fonctions sont solidaires et concurrentes à la fois dans une boîte crânienne non extensible. Le cerveau serait autopoiétique produisant des images comme le foie des globules rouges. La fonction hématopoiétique du foie est connue pour créer continuellement des globules rouges, rendant constante la numération des cellules sanguines. C’est une fonction essentielle à notre vie comme à celle des animaux. Ce courrier soulève l’hypothèse d’une autopoièse enactive de la vie onirique du fait que le cerveau crée continuellement des images. L’autopoièse (du grec auto soi-même, et poièsis production, création) est la propriété d’un système de se produire lui-même, en permanence et en interaction avec son environnement, et ainsi de maintenir son organisation. Ce terme a été avancé par deux Chiliens, Humberto Maturana et Francisco Varela (1994). Concernant le rêve et ses fonctions, le problème viendrait de ce que nous tenons rarement compte de cette production onirique porteuse d’informations visuelles qui serait concurrencée par le langage. La capacité de traitement et de production des informations visuelles impliquant la vue fut sélectionnée bien avant l’émergence concurrente du langage si bien que le rêve apparaît comme vestige de ce passé expressif révélant pourtant, dans les faits, une intelligence subliminale insoupçonnée découverte récemment.

Pardon cher lecteur pour le caractère ésotérique de ces termes mais lorsqu’ils vous seront devenus familiers vous devriez ressentir la cohérence déductive qui peut en résulter. Ainsi pourrez-vous vous faire votre propre idée. Vous êtes mon nouveau jury de thèse.

Les chercheurs en biologie et particulièrement les neuroscientifiques ont omis d’intégrer dans leurs investigations la réalité de notre vie imagée nocturne en minimisant la plupart du temps la question du « pourquoi rêve-t-on ? ». Un chercheur français, Michel Jouvet, aura compris que la plus forte probabilité de rêver se réalise durant une des quatre phases du sommeil, comme chez les mammifères, mais avec des différences en termes de tracés encéphalographiques chez les oiseaux. Chez les mammifères, seul le fourmiller semble ne pas rêver ce qui en fait une énigme. Une autre énigme apparaît lorsque Jouvet associe le qualificatif de « paradoxal », (terme peu scientifique !) aux tracés encéphalographiques plus intenses lors de la phase des rêves que lorsque nous sommes éveillés. Ceci pouvait faire penser que le cerveau est plus sollicité et mis à contribution pendant le sommeil du rêve. Je fais rire mon beau-père lorsque je lui dis que je travaille en faisant la sieste.

Sélectionné par l’évolution le rêve remplit des fonctions. Ce n’est pas un scoop ! Le psychanalyste Carl G. Jung relève trois fonctions aux rêves. Celle, « anticipatrice », d’entrevoir des événements avant qu’ils ne se produisent dans la réalité. Une autre fonction est celle de « compensation » et la troisième, celle de notre « transformation » psychique et cérébrale. Le rêve nous inciterait constamment à porter un autre regard face à la réalité nous incitant à agir en conséquence par le biais de scénarios autoproduits et dont nous ne tenons pas nécessairement compte, ce qui affaiblit son autopoièse psychique. Si cette hypothèse devait être confirmée, pourquoi serions-nous peu réceptifs (ou pas du tout !) vis-à-vis de cette « télévision » nocturne si essentielle ? La réponse est plurifactorielles :

1) Nous serions dissociés de nos racines biologiques alors que le rêve contribuerait à nous individuer génétiquement.

2) Encore faut-il ne pas être inhibé pour réaliser cette unicité, ce serait pour désinhiber l’inhibition que le rêve s’exprimerait constamment par images motrices annonçant un dynamisme simulé.

3) Les images extérieures et les informations qu’elles véhiculent sont traitées subliminalement pour ne pas encombrer notre conscience. Ces stimulations nous assaillent continuellement envahissant l’espace cérébral, générant un stress permanent rendant quelquefois le sommeil éprouvant.

4) La fonction intuition que nous devons partager avec les grands singes (voir Frans de Waal [1]), sollicitée par les rêves pour auto-interpréter les images serait atrophiée du fait de la concurrence du langage parlé.

5) L’étude populaire des rêves a été « confisquée » idéologiquement par des penseurs-thérapeutes s’arrogeant le droit de les interpréter, participant à notre acculturation. La fonction analogique de l’image aura été interprétée au détriment d’un abord populaire et intuitif (et non « naïf ») plus proche de la nature telle que nous la vivons… subjectivement !

Frédéric Paulus – Cévoi

[1Frans de Waal, « Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux ? », (2016).