Di sak na pou di

Le cerveau est capable d’inventer des histoires

François Maugis / 7 mai 2018

(Lettre ouverte à mon ami Frédéric Paulus, directeur du Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)

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Il est ahurissant de constater que notre cerveau ne se contente pas d’être spectateur, d’enregistrer images, émotions, paroles, lectures, raisonnements, spéculations, mais qu’en plus, il est lui-même capable d’être acteur, et de nous dicter ses propres images, émotions, paroles, lectures, raisonnements, spéculations.

Au cours d’un rêve, quelle ne fut pas ma surprise de voir un spectacle que je n’avais jamais vu : une cabane en bord de mer, complètement détruite par la tempête. Les images étaient si précises et si nouvelles pour moi que j’avais réellement l’impression de découvrir quelque chose de nouveau et que, comme au cinéma, un metteur en scène aurait créé de toute pièce ces images pour m’étonner, me surprendre, m’intéresser. C’était le matin, très tôt. Je n’étais sous l’emprise d’aucune drogue, excitant ou alcool. Bien au contraire, j’avais passé une nuit paisible d’un sommeil profond et réparateur.

Habituellement, dans ces circonstances, j’avais déjà remarqué que me venaient spontanément des associations d’idées génératrices de nouvelles spéculations, mais toujours à partir d’idées qui m’étaient propres, qui m’appartenaient, dont j’étais le dépositaire. Là, c’est tout autre chose, je ne suis dépositaire de rien. J’ai beau chercher, jamais dans ma vie je n’ai eu sous les yeux ou même dans mes rêves précédents, de telles images. Mais que diable, mon cerveau est-il aller chercher. À supposer qu’il soit autonome, indépendant de moi, que veut-il me dire, quel message veut-il me transmettre ? Mystère. Finalement, ce serait presque effrayant. Je ne serais même pas propriétaire de mon propre cerveau ? Pour moi, le monde s’écroule, mon pouvoir d’observation et d’analyse s’envole. Il y aurait donc dans mon ordinateur intérieur un virus, un programme, un algorithme, totalement étranger à moi, à ma conscience, à tout ce que je croyais être !

Je savais que dans l’univers nous étions peu de chose, un grain de sable, peut-être même un roseau pensant, et bien non, rien de tout cela. Dépossédés de notre propre pensée, sommes-nous connectés à des forces cosmiques invisibles, ignorées, occultes ? J’ai toujours envoyé sur les roses ces spéculateurs que j’assimilais à de vulgaires sorciers d’un autre temps. Faut-il alors revoir notre propre conception de la vie, notre propre conception de l’existence ? Une chose est certaine, en tout cas, la nature nous joue des tours, est pleine de surprises. Nous connaissons très peu de choses de ses mystères, de ses secrets. Il y a probablement autant à découvrir sur les mystères et les secrets de la vie que sur l’immensité de l’univers. Un champ immense reste à comprendre pour les générations futures et un espoir immense nait en moi : ces générations futures vont peut-être finir par aimer la vie car, tout le monde le sait : « Comprendre c’est aimer ».

François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe



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Messages






  • Oui cher ami François Maugis s’le cerveau était télévisuel avant d’être loquens
    . Le langage parlé et articulé a émergé beaucoup plus tard. L’ affirmation : Je pense donc je suis" est à revoir au profit de : "je suis donc je pense" les aires cérébrales consacrées au langage ont du comprimé la créativité visuelle et les rêves ont été organiquement étouffés par l’expansion du langage. Ensuite est venu Freud avec sa théorie hégémonique ce qui fait que nous sommes acculturés d’une approche symbolique de l’imagerie mentale qui semble s’exprimer analogiquement . Frederic Paulus

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  • Pas d’inquiétude, M. Maugis vous êtes loin d’être le seul à éprouver cette duplicité envers votre corps. Aussi, quand nous lui devons nos performances, nous les considérons comme les nôtres : « j’avais déjà remarqué que me venaient spontanément des associations d’idées génératrices de nouvelles spéculations, mais toujours à partir d’idées qui m’étaient propres, qui m’appartenaient, dont j’étais le dépositaire » ; et quand nous nous lui imputons nos défaillances, nous le regardons comme un autre : « À supposer qu’il soit autonome, indépendant de moi, que veut-il me dire, quel message veut-il me transmettre ? Mystère. Finalement, ce serait presque effrayant. Je ne serais même pas propriétaire de mon propre cerveau ? ». Mais poussons la réflexion un peu plus loin. Notre corps n’est, concédons-le, qu’un instrument, mais si cet instrument n’est pas à nous, il est encore moins à autrui, nous sommes donc totalement maître et possesseur, pour le meilleur et pour le pire, de notre « moi ». Maintenant, on peut toujours considérer ce dernier comme le produit de la partie immergée de l’iceberg à l’instar des philosophes du soupçon et partant de Freud, lesquels considèrent les « arrières-mondes inconscients » comme le premier moteur de nos conduites et d e nos pensées . Une issue possible à vos interrogations profondes, pourrait donc nécessité l’intervention d’un bon psy…

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