Le choix d’avenir

19 mai 2007

À ceux qui viennent, après la défaite, dire à Ségolène Royal qui a jeté toutes ses forces dans la bataille de la Présidentielle : « Il aurait fallu... », on a envie de demander s’ils ont fait vraiment tout leur possible pour l’aider de la manière la plus efficace et avec tout leur cœur, si la solution qu’ils proposent aujourd’hui de rénover le parti n’arrive pas un peu tard et si, enfin, l’ouverture vers le centre de l’échiquier politique et même au-delà, qu’ils appellent de leurs vœux, va bien dans le sens des objectifs initialement définis et ne sont pas contraires à l’idéal du Parti Socialiste. N’est-ce pas François Mitterrand lui-même qui déclarait au congrès unificateur d’Épinay, en juin 1971 : « Celui qui n’accepte pas la rupture (...) avec l’ordre établi, (...) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti Socialiste ! »
De ce parti (...) qui « met le réformisme au service des espérances révolutionnaires », « favorable à une société d’économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournit à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général (...) », que reste-t-il aujourd’hui ? N’est-il pas devenu, sans oser le dire ouvertement, ce qu’il n’a cessé d’être, un parti social-démocrate ayant pleinement intégré l’économie de marché ? Et celui qui a occupé le poste de Premier secrétaire, avant d’être désigné comme candidat à la présidence de la République française, puis élu et réélu à la magistrature suprême, qui proclamait urbi et orbi : « Nous allons changer la vie », sera le même qui fera ratifier le fameux Traité de Maastricht et qui énoncera, lors d’une présentation des vœux de Nouvel An, à ses compatriotes : « De cette Europe, je vous ai parlé à plusieurs reprises. Demain, ce sera chose faite ; pour les marchandises et les capitaux tout de suite ; pour les hommes bientôt ». Plus de 15 ans après, le “bientôt” a suffisamment duré.
Quant au rapport constant entretenu par les instances du parti avec les puissances d’argent, il n’a guère changé. Lionel Jospin, fort de son expérience de Premier ministre, a cru un moment pouvoir s’en justifier avec cette formule : « Je dis oui à l’économie de marché, je refuse la société de marché », ce qui revient au même. Entre temps, les Français, subissant de plein fouet les effets désastreux de la mondialisation accentués par la politique européenne, ont rejeté massivement par referendum le nouveau traité « établissant une constitution pour l’Europe ».
Les toutes dernières élections du 22 avril et du 6 mai auraient pu marquer un tournant. Par ses déclarations sur la démocratie participative et les jurys citoyens, la candidate Ségolène Royal a fait renaître l’espoir en tentant de donner du sens à la devise de la République complètement dénaturée. Mais c’était sans compter sur les pesanteurs de son parti, décidemment amarré au boulet de la social-démocratie, et qui ne l’a pas entièrement suivi dans cette voie. Il faut ouvrir, oui, sans conteste. Non vers le centre pour des raisons électoralistes, mais vers tous les citoyens de France et vers tous les citoyens du monde pour sortir enfin du piège du libéralisme et bâtir, tous ensemble, la République !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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