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Du courage scientifique pour diversifier les présupposés des chercheurs
27 avril 2020, par

Le Covid-19, tout le monde maintenant en connaît les principaux symptômes : fièvre, toux, essoufflement ou encore courbatures. S’y rajoute la perte du goût et de l’odorat, ainsi que des symptômes cutanés. Les médecins notent également des atteintes cérébrales. Ces signes, observés par des praticiens aux quatre coins du globe, vont de la confusion mentale à l’AVC dans les cas les plus graves. Ce courrier relève que la symptomatologie causée par l’infection du coronavirus se « complique », touchant diverses parties du corps dont le cerveau malgré la barrière hémato-encéphalique. Le rôle de cette « barrière » est de bloquer les substances intruses, mais elle peut être percée. Nous constatons une mobilisation planétaire pour à la fois décrire cette symptomatologie et présenter des hypothèses explicatives quant aux causes imaginées. La démarche consiste ensuite à fournir une ou plusieurs preuves qui valideront l(es)’hypothèse(s).
Selon cette hypothèse génétique, et à titre d’exemple, voici ce qui est présenté par Loïc Mangin (1), rédacteur en chef adjoint des « Hors-série » de la revue « Pour la science » : « Une première étude sur le SARS-CoV, un coronavirus responsable de l’épidémie de SRAS en 2003, allait dans ce sens. Chez la souris, Ralph Baric, de l’université de Caroline du Nord, à Chapel Hill, aux États-Unis, et ses collègues, ont identifié un gène qui, réduit au silence par une mutation, rend les rongeurs hautement sensibles au coronavirus. Le gène en question, Ticam2, code une protéine auxiliaire dans l’activation d’une famille de récepteurs (TLR, pour toll like receptor) sollicités dans les mécanismes de l’immunité innée. »
Loïc Mangin rapporte plusieurs autres recherches qui postulent un « terrain génétique » tout en précisant que « nous ne sommes peut-être pas tous égaux devant le SARS-CoV-2, mais en identifiant le pourquoi de ces inégalités, on pourra tenter de les atténuer ». Cette catégorie « d’égalité » face à la santé ou à la maladie deviendrait-elle un sujet de recherche institutionnelle ? De tous les présupposés et hypothèses avancés, nous n’avons pas relevé d’équipe de recherches qui postulerait ou imaginerait que l’épidémie pourrait présenter une dimension épigénétique et non purement génétique. Epigénétique, car nous avons aussi de nombreux cas asymptomatiques qui guérissent spontanément. A notre connaissance, suivant nos lectures non systématiques, ce dont nous nous excusons, les projets de recherche semblent ne pas tenir compte, pour l’instant, de cette dimension épigénétique, dans le sens ou le génome exprimerait d’une façon délétère (« pour le pire » 2) compte-tenu de l’influence de l’environnement sur les organismes.
En Chine, en France ou encore aux États-Unis, de nombreux praticiens ont observé ces atteintes cérébrales et s’interrogent sur l’impact du Covid-19 sur le cerveau et le système nerveux. En Chine, selon une étude publiée la semaine dernière dans le « Journal of the American Medical Association », des médecins ont rapporté que 36 % des 214 patients étudiés avaient des symptômes neurologiques allant de la perte d’odorat à des douleurs nerveuses, et jusqu’à des crises convulsives et des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Même constat ici en France. Dans un article publié dans la prestigieuse revue scientifique américaine « New England Journal of Medecine », des médecins de Strasbourg décrivent que plus de la moitié des 58 patients observés en réanimation étaient confus ou agités. Des scanners des cerveaux ont révélé de possibles inflammations.
Notons qu’aucune de ces observations ne rapporte (pour l’instant) ni le « profil » socio-économique, ni le « profil » psychologique de ces personnes. Nous noterons également que le processus inflammatoire n’implique pas nécessairement à penser d’emblée à un terrain « génétique » particulier.
C’est pourquoi il nous semble devoir attirer l’attention des chercheurs sur une écologie cérébrale, pourrait-on dire, qui nous renseignerait sur la santé cérébrale des patients atteints comme sur celle de ceux qui demeurent asymptomatiques, en se souvenant que cette infection semble épargner les enfants. Nous oserons le « meilleur » du développement épigénétique. Dans un prochain courrier nous évoquerons en effet les grandes lignes de ce que nous entendons, a priori, par « santé cérébrale » et cela dès la conception de l’enfant, dans l’idéal, et a fortiori, dès sa naissance. Nous évoquerons également la notion de « sensibilité cellulaire » chère à Faustino Cordon (1909-1999), difficilement objectivable avec les outils actuels de la science, ce qui ne veut pas dire que nous devions nous interdire de formuler de nouvelles hypothèses. Peut-être pourraient-elles guider des chercheurs de métier, en toute humilité.
Réf :
1) Loïc Mangin, « Des prédispositions génétiques au Covid-19 ? », « Pour la Science », mai/2020
https://www.pourlascience.fr/sr/covid-19/des-predispositions-genetiques-au-covid-19-19281.php?from=EMA20STD&utm_source=email&utm_medium=email&utm_campaign=nl_pls_covid19_N7_lien
2) Claudine Junien « L’épigénétique : les gènes et l’environnement : pour le pire ou le meilleur », pp. 48-56, in L’homme peut-il s’adapter à lui-même, sous la coord de Jean-François Toussaint, Bernard Swynghedauw et Gilles Bœuf, Ed Quae, 2012.
Frédéric Paulus, CEVOI (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)
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