Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
2 juin 2005

(page 10)
La victoire des moutons noirs
La Métropole 56 à 44, La Réunion 60 à 40, une gifle, une claque, une leçon, un séisme, un tsunami politique et à mon sens un scrutin riche d’enseignements.
Voilà en effet une victoire nette et sans bavure des petits face aux puissants, de ceux qui doutent face aux grandes certitudes, de ceux qui craignent face à ceux qui se projettent, de ceux qui espèrent face à ceux qui ont déjà tout.
C’est une victoire sur les insultes, la raillerie, le mépris, l’insolence, la suffisance, la caricature, la pensée unique, la manipulation médiatique, le chantage, la propagande d’État, le déni de démocratie.
C’est une victoire sur les manipulateurs insidieux de conscience, ces éditorialistes du samedi matin, haineux, aigris, méprisants, qui ressortent à chaque échéance électorale les mêmes poubelles d’arguments, les mêmes ficelles, qui salissent et discréditent à souhait le même camp, les mêmes hommes... dans le même but.
Les citoyennes et les citoyens leur ont démontré cette fois encore, de façon cinglante, avec leur bulletin de vote, qu’ils étaient matures, lucides, responsables et allergiques au bourrage de crâne.
C’est une victoire sur les gros partis politiques, en particulier le PS et l’UMP, leurs dirigeants et leurs représentants locaux embourgeoisés, rangés, formatés par l’argent et le pouvoir, par les lustres de la République et de l’Union et à présent déconnectés des réalités, très loin des préoccupations quotidiennes de leurs électeurs.
C’est une victoire sur la démagogie symbolisée une fois de plus par Virapoullé, le grand spécialiste en la matière et sa carte "Route des Tamarins" de dernière minute qui lui a été du reste fatale à Saint-André.
C’est une victoire sur ceux odieux et arrogants pendant la campagne et qui persistent après la défaite, signifiant au peuple le peu de considération qu’ils lui portent.
Jean-Claude Fruteau ne répond-il pas aux 59% des électeurs socialistes du “non” qu’il référait encore les mêmes choix ?
Anne-Marie Payet qui ne comprend rien à rien, sénatrice par accident, se dit révoltée par les Réunionnais qui "pleurent, selon elle, la bouche pleine". Elle perd là l’occasion de fermer la sienne pour éviter de sortir ce genre d’ânerie dont elle est du reste coutumière.
Qu’elle belle victoire aussi sur les alliances contre-nature qui en disent long sur les convictions réelles de certains responsables politiques. L’étalage au grand jour de la Lune de miel UMP-PS-La Relève déjà si démonstrative à la Région depuis plus d’un an, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’acceptation à gauche. Le couple consensuel et touchant Fruteau-Sudre n’a pas eu ici plus de succès que la paire Hollande-Sarkozy en France métropolitaine.
C’est aussi localement la victoire de la démocratie sur le populisme et la démonstration qu’une élection pouvait se tenir à La Réunion et à Saint-Denis en particulier, sans Free Dom et sa force politique virtuelle, depuis tant d’années, sur-représentée.
C’est une clarification pour Saint-Denis qui a connu la campagne la plus active du “oui” avec l’engagement personnel de la présidente du Département, celui aussi de l’UMP de René-Paul Victoria, le maire, avec aussi l’artillerie lourde du PS de Gilbert Annette.
Ces trois forces peuvent se partager les 49% qui leur reviennent solidairement ou les capitaliser pour une liste commune, qui sait, en 2008.
C’est la victoire des dizaines de milliers de citoyens ici et ailleurs qui se sont dépensés sans compter dans cette bataille, ces mouvements les plus divers regroupés au sein des collectifs, les partis politiques, les associations, les syndicats, les inorganisés, tous ceux qui ont contribué à cette dynamique unitaire, qui ont su expliquer les enjeux et œuvrer pour cette grande victoire qui est avant tout celle des moutons noirs.
Un espoir est né à La Réunion, en Métropole, en Europe et dans le reste du monde pour une autre règle du jeu économique à l’échelle planétaire. C’est une exigence de plus de respect et de sécurité économique et sociale contre un système désuet seulement guidé par les valeurs de l’argent pour l’argent.
Il s’agira d’être vigilants et mobilisés pour ne pas le décevoir.
Daniel Cadet
Le "non" invisible.
Après l’intoxication médiatique que nous avons subie, accompagnée d’un fort sentiment de culpabilisation, on nous vole maintenant cette victoire qui, pourtant, sonne le tocsin dans toutes les consciences.
Ce sont en majorité, en effet, les partisans du “oui” au traité qui sont invités dans les médias à se prononcer sur le choix des Français.
Est-ce là une information équilibrée ?
Certains journalistes de France Inter notamment, dans une vision partisane de l’événement, n’hésitent pas à faire de la propagande leur outil de communication et ce, de manière grossière.
On continue donc, comme si de rien n’était, à minimiser la portée de ce geste de refus, de rejet d’un traité qui vise à tracer les contours d’une nouvelle forme d’esclavagisme. Le travail à la carte, au menu de ce traité, avec ses notions de flexibilité et de délocalisation, la casse des avancées sociales, la compétition débridée qui aliène l’Homme, voilà quelques réjouissances du programme dégradant que nous cachent les défenseurs de ce texte.
Ceci dit, tous les propagandistes d’une Europe ultra-libérale, au service de la déshumanisation, malgré leur insistance à vouloir banaliser les résultats du scrutin, n’empêcheront pas les hommes et les femmes de bonne volonté, ceux qui prennent la vie à bras le corps, de continuer leur marche vers la Paix, la Fraternité, l’Équilibre et la volonté d’une Europe unie sous la bannière de la Démocratie.
Le mouvement, c’est la vie, et on n’arrête pas une vague d’une telle ampleur.
Nous voulons l’unité de l’Europe, mais soutenue par une Constitution d’abord lisible et compréhensible par tous, pour une adhésion consciente et qui réponde aux aspirations des citoyens. Pour cela, il nous faut ensemble jeter les bases d’un avenir responsable et humaniste.
Le vote n’est pas un sondage d’opinions ; il est l’expression d’un choix. C’est un acte conscient, déterminé, porteur d’un projet. Il serait bon que les représentants des médias prennent acte de cela.
Le “non” massif qui s’est exprimé aussi bien à La Réunion qu’en Métropole indique une remise en cause du modèle "social" ultra-libéral, inscrit dans cette Constitution.
L’étincelle qui a jailli de ce frottement des consciences a allumé un grand feu en France, qui fera de ce foyer lumineux un phare pour cette Europe des ténèbres que nous propose le texte de cette Constitution.
Même si la réponse de nos dirigeants, à travers le remaniement ministériel qui s’opère, ressemble à un soufflet jeté à la tête du peuple, cela doit nous amener à nous mobiliser au plus vite pour organiser une contre-attaque qui servira à remettre en avant nos droits fondamentaux.
Nous ne pensons pas que Nicolas Sarkozy, cet atlantiste de la première heure, s’il est élu ministre de l’Intérieur, soit une réponse fiable à nos attentes, à savoir, entre autres, l’orientation des formes d’organisation sociale de demain...
Aujourd’hui, alors que le mot “peuple” semble à nouveau retrouver une réalité, la mise en place d’un gouvernement favorable à un modèle ultra-libéral, anglo-saxon, serait un véritable déni de la démocratie.
Il faut interpeller les peuples d’Europe sur l’urgence et la nécessité qu’il y a de ne pas ratifier ce texte incohérent et dangereux pour la liberté, et appeler les peuples des pays dont la décision n’a pas été soumise au référendum à demander réparation.
Association Imagine la Paix
"Lire à côté"
L’expression n’est pas de moi : elle est d’une personne que je connais bien et qui, comme on dit, "n’a pas beaucoup d’instruction". Mais cela n’a pour moi aucune importance car elle a eu si souvent l’occasion de me montrer, pour reprendre sa formule, qu’elle était loin de penser "à côté". C’est donc un peu pour elle que j’ai plaisir aujourd’hui de vous citer ces deux exemples qui me viennent à la pensée.
Le premier est une réplique assez connue, surtout par ceux qui ont lu la pièce, ou qui l’ont vue jouer au théâtre, de “l’École des femmes” de notre grand Molière, quand Agnès répond à son tuteur, Arnolphe, qui la tient enfermée à la maison dans l’intention de la prendre pour femme. De retour donc après quelques jours d’absence, le voilà qui l’interroge :
- ... Quelle nouvelle ?
- Le petit chat est mort"
Qui n’a pas ri de la naïveté d’Agnès devant l’importance qu’elle a l’air d’accorder à un événement somme toute assez banal ? Mais a-t-on prêté seulement la moindre attention à ce qu’ajoute Arnolphe et qui sonne encore plus fort aujourd’hui, à plus de trois siècles de distance : "C’est dommage ; mais quoi ? Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi..."
De la même façon, tout le monde ou presque est capable de vous citer, sans omettre un seul détail, l’épisode de la "multiplication des pains" pris dans l’Évangile, en insistant sur la prouesse technique, le coup de baguette magique qui, entre parenthèses, ne figurent pas dans le texte, mais sans attacher la même importance à la valeur symbolique du geste, à sa portée politique. Et surtout qui a eu l’idée de poursuivre le récit jusqu’au bout, au moment où la foule reconnaissante s’écrie dans l’enthousiasme en désignant Jésus : "Cet homme-là, il faut en faire un roi !" et qu’à cet instant précis il disparaît...
Georges Benne
"L’assistance à personne en danger" déclarée illégale
Et oui ! on n’arrête pas le progrès ! En ce jour mémorable où 55% des Français décident de dire “non” à un projet constitutionnel pour l’Europe, un “non” qui est avant tout un rejet massif et total d’un gouvernement et d’une politique qui fonctionne "en roue libre", en complet décalage avec la population et qui n’a plus aucune légitimité populaire depuis déjà 3 ans, voici que la Mairie de Saint-Denis déclare que "les conditions indécentes dans laquelle vit Mme Andréa Cavillot" sont légales et que c’est avant tout elle-même qui est responsable de cette situation (c’est bien connu, si les gens sont en difficulté, si les gens sont pauvres, c’est avant tout de leur faute !). En outre, circonstances aggravantes, si on intervenait pour elle, on devrait le faire pour d’autres. Ah bon ! parce qu’il y a d’autres personnes qui vivent dans des conditions indécentes et qu’il ne faut absolument rien faire car cela encouragerait des personnes à suivre ce mauvais exemple. Et puis, le plus "grave", c’est que cette personne a commis l’irréparable : elle s’est adressée au camp d’en face ! Et, forcément, elle est manipulée !
Dans cette affaire, aucune petitesse, aucune bêtise, aucun manquement à la parole donnée ne nous seront épargnés. Comble du mauvais goût, en ce jour de la Fête des mères, elle a reçu, de la part de la Mairie, une carte lui souhaitant une bonne Fête des mères ! On voit là, de façon très claire comment sont suivis les dossiers par monsieur le maire ! C’est sûr, plus inconvenant, tu meurs ! Je regrette vraiment que le ridicule ne tue plus !
Voici donc un nouveau concept : l’assistance à personne en danger peut être illégale. Mais la misère, la honte d’une municipalité à travers des conditions de vie indignes de notre pays et de notre département, ça, c’est légal et il ne faut surtout rien faire.
Au moins les choses sont claires maintenant : cette municipalité n’est pas là pour répondre aux problèmes des gens en extrême difficulté, elle n’est pas là pour chercher et trouver des solutions à l’amélioration des conditions de vie des plus faibles de notre société. On peut donc parfaitement comprendre pourquoi 55% des Français ne répondront plus que “non” à toutes les questions que ce gouvernement leur poserait. D’ailleurs, doit-on encore obéir à une institution qui n’a plus de légitimité populaire ? N’est-ce pas l’heure de la désobéissance civile ? Peut-on encore tolérer et le comportement de ce gouvernement et celui de cette Droite ? Il est peut-être tant de se poser cette question.
Madame Cavillot, ne perdez pas espoir ! Il va bien falloir régler votre situation qui est totalement inacceptable et qui souille de façon durable la moralité de cette municipalité.
Jean Linon
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