Le courrier des lecteurs du 24 septembre 2004

24 septembre 2004

"...dites moi que je rêve là !..." (1)

Qu’est-ce que c’est que toute cette effervescence autour d’une annonce à propos du recrutement de salariés pour la route des Tamarins ? On aurait dit un poulailler dans lequel on avait lâché un chat’-marron (...il n’y a pas de renard ici... quoi qu’en pensent certains).
Tout le monde s’est cru obligé de se fendre, qui d’un communiqué, qui d’une déclaration pour dénoncer l’affaire et condamner l’intrus... Et éventuellement, pour ne pas dire essentiellement dans certains cas, régler un compte politique.
Je ne partage bien évidemment pas la démarche de cette “agence” - nul ne saurait, sur ce point me suspecter - mais que fait-elle sinon pousser jusqu’au bout une logique acceptée par tous ou presque aujourd’hui ? La raison de tout ce charivari, ne résiderait-elle pas plutôt dans le fait que certains se seraient un peu retrouvés dans l’image que leur renvoyait le miroir ?

"Une loterie scandaleuse", un "jeu méprisant" se sont-ils écriés ? Mais c’est quoi l’emploi aujourd’hui, à La Réunion, sinon une véritable loterie ? Des milliers, des dizaines de milliers de parents triment pour envoyer leurs enfants à l’école. Pendant vingt ans et plus. Les enfants obtiennent le bac, le superbac et plus encore. Résultat des courses, lorsqu’il s’agit d’avoir un emploi, on leur dit d’aller au Canada, en France ou au Kamchatka ; et ici même, il faut courber l’échine, flatter, s’humilier et parfois même pire, pour obtenir un malheureux emploi. Et quand ils l’ont, ils doivent accepter des salaires de misère. Souvent inférieurs à celui des parents. Qu’est-ce là sinon une loterie scandaleuse ?
Par ailleurs, lorsque huit mille candidats se présentent à un concours pour le recrutement d’une secrétaire, comme l’indiquait récemment le directeur de l’ANPE, ou encore lorsqu’à un concours d’ouvrier de l’Éducation nationale il se présente autant, dont la moitié est titulaire du bac, de la licence, de la maîtrise, qu’est-ce sinon une loterie scandaleuse ?

Sur un autre plan, tout le monde vante les mérites des “agences” d’intérim, mais qu’est-ce qu’une “agence” d’intérim sinon quelqu’un qui prend d’une main de la main d’œuvre disponible (à cause du chômage), et, d’une autre main, tient cette main d’œuvre à la disposition d’entreprises, tout en prenant au passage sa commission ? Ce n’est pas plus que cela ! C’est ce qui se passe dans le commerce, pour de la volaille, pour des légumes ou dans le domaine de la pêche. C’est ce qu’on appelle les “intermédiaires” ou dans le domaine de la pêche des “accapareurs”. L’ennui, c’est que ce ne sont des cas ni de poules ni de carottes ou de poissons, mais d’hommes et de femmes. D’êtres humains. À ce propos, est-ce tout à fait un hasard si de nombreux chefs d’entreprises - parmi les plus grosses, soit-dit-en passant - sont également actionnaires dans ces “agences” ? Quand ils ne créent pas eux-mêmes leur propre “agence” au principe qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même !!

Qu’est-ce là, sinon une “marchandisation” d’hommes et de femmes à la recherche de travail ? Il y aurait des raisons d’être davantage choqués par cette pratique qui fait de l’Homme une vulgaire marchandise que par le placard publicitaire de cette société qui, elle, par “spécificité”, n’a fait que pousser la logique jusqu’au bout.
Enfin, on fait grand bruit ces derniers temps sur le projet de loi Borloo, dite de “cohésion sociale”. Une des caractéristiques de ce projet c’est qu’il remet en cause le service public de l’emploi, et qu’il fait de ces “agences” d’intérim les acteurs du futur “service public” de l’emploi ! Autrement dit, c’est une armée de chats dans le poulailler !
Si on ne condamne pas tout cela, on peut toujours, pour reprendre une expression bien connue, sauter comme des cabris et crier à tue-tête “service public”, “service public” ou dénoncer toutes les loteries plus scandaleuses les unes que les autres. Ce ne serait qu’un jeu de plus.

Georges-Marie Lépinay

(1) - Expression française bien connue, mais peu usitée à La Réunion.


Tu es gréviste ? Tu es muté !

Depuis le 30 août 2004, un syndicaliste est en grève de la faim pour protester contre les sanctions prises à son endroit pour faits de grève. Aujourd’hui la répression anti-syndicale se généralise. Est-ce au Chili, en Chine, en Indonésie ? Non, c’est en France, près de chez vous, et c’est notre camarade Roland Veuillet, conseiller principal d’éducation à Nîmes, muté d’office à Lyon pour ses prises de positions syndicales.
Roland Veuillet, CPE, militant syndical SUD éducation, a été lourdement sanctionné pour ses prises de positions syndicales pendant les grèves de 2003. Il s’était opposé notamment au remplacement des surveillants grévistes par des maîtres au pair (étudiants du lycée nourris et logés gratuitement). À l’issue d’un conseil de discipline qui fut une véritable parodie de justice (avec des témoins à charge qui se sont par la suite rétractés), notre camarade a été muté d’office de Nîmes à Lyon dès juin 2003. Cette sanction a marqué le mouvement de 2003 par sa sévérité exceptionnelle. À sa suite, les mesures de rétorsion à l’encontre de syndicalistes se sont multipliées, dans le secteur public comme dans le privé. Depuis le 30 août 2004, Roland Veuillet est en grève de la faim devant le ministère de l’Éducation nationale. Après plus d’un an de lutte opiniâtre et infructueuse, il s’est résolu à cette extrémité pour obtenir le réexamen de son dossier. Une délégation intersyndicale nationale (SUD, SNES, CGT, SNETAA, SNFOLC) a été reçue au cabinet du ministre le mercredi 8 septembre pour demander la levée de la sanction, et la tenue d’une enquête administrative réglementaire sur cette affaire. Le ministère n’a pour l’instant donné aucune suite favorable.

La Fédération des syndicats SUD éducation demande à nouveau l’annulation de la sanction frappant Roland Veuillet, et la mise en place d’une enquête administrative permettant de faire la lumière sur ce dossier de façon publique et contradictoire. Pour appuyer cette revendication, SUD éducation propose la signature d’une pétition de soutien sur son site web, à l’adresse www.sudeducation974.org.
Au delà du “cas” Roland Veuillet, c’est tout le problème de la criminalisation du mouvement social et de la remise en cause des libertés syndicales qui est posé, et qui nous concerne tous. Si l’on veut éviter que notre société ne devienne une immense “star académie”, constituée d’individus en concurrence perpétuelle, il importe de réhabiliter l’action collective et la solidarité, notion mise au placard par un libéralisme économique effréné, rouleau compresseur qui écrase les libertés politiques et syndicales. Commençons donc par signer la pétition de soutien à Roland Veuillet !

Joël Grouffaud
SUD Éducation Réunion


Haïti : un Français victime de la tempête.

Une grande figure de la charité a été victime de son dévouement dans la nuit de samedi à dimanche dernier. Le Père Jean Ollivier, un Breton de 78 ans, était l’ultime espoir des plus pauvres d’un pays parmi les plus misérables. Vieillards abandonnés, enfants réduits en esclavage, il savait apporter une réponse pratique et chaleureuse. C’est lui qui avait brisé le tabou qui cachait les lépreux. La Fondation Raoul Follereau continue l’œuvre commencée avec lui.

Fondation Raoul Follereau


Précision de l’Institut de la maison royale de France

Le Comte de Paris n’exclut personne

Suite à un article paru dans le “JIR” du 21 septembre dernier sous le titre “Le Roi est mort, vive le Roi !”, le délégué régional de l’Institut de la maison royale de France, Fabrice Vauquelin, nous a fait parvenir la précision suivante :

" (...) Le journaliste du “JIR” a cru bon s’accaparer mes dires et les tourner à sa sauce personnelle.
À la phrase : Et les communistes ? "Ah là non on aime pas vraiment ça !" je suis navré de ce qui a été écrit mais ce n’est pas la vérité !!!
Non, j’ai tout simplement dit "qu’à ma connaissance, il n’y avait pas de communistes, membres de l’Institut et qu’en ce qui concerne les extrêmes, je n’aime pas vraiment çà !!!"
Je ne place pas les communistes comme des extrémistes quand même !!!
Je voulais rectifier cette erreur grotesque qui m’a fortement déplu ; Monseigneur le Comte de Paris qui a aussi la mission de rassembler, n’exclut personne, c’est pourquoi l’Institut de la maison royale de France compte parmi ses membres des personnes de tout bord et de toute origine.
Je laisse à ce journaliste la responsabilité de ses propos !!!"


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