Le courrier des lecteurs du 25 août 2005

25 août 2005

Quand la réalité dépasse le cauchemar

Connaissez-vous Mswati III, Mswati-le-Bienheureux comme il se fait appeler par ses fidèles sujets, ou encore celui qu’on surnomme le Roi-Lion ou le Lion, comme dans le conte de Joseph Kessel ? On croit rêver ! Mais le rêve ici a l’allure d’un cauchemar... qui nous fait tomber tout d’un coup de l’an 2005 à l’an 1440, dans un lointain empire d’Afrique, le Monomotapa, nom rendu célèbre par la fable de La Fontaine “Les Deux Amis”.
Mswati III, c’est le roi actuel du Swaziland, pays d’Afrique australe situé entre le Mozambique et l’Afrique du Sud, ancien protectorat britannique devenu État indépendant depuis 1968, qui couvre une superficie de 17.363 kilomètres carrés pour 1 million d’habitants. Monarque absolu, Mswati III a la réputation d’aimer les femmes, surtout quand elles sont encore toutes jeunes et vierges, tant et si bien qu’il en a déjà épousé 12 à ce jour, et s’il continuait sur sa lancée, il pourrait facilement atteindre la centaine, battant ainsi le record de son défunt père, Sobhuza II.
À 37 ans, Mswati III a officiellement 28 enfants ! Qui dit mieux ? Mais devant la montée effroyable du SIDA dans un pays qui compte 42% de séropositifs, il y a de quoi décourager les bailleurs de fonds ! À sa décharge, il faut lui reconnaître un programme de lutte qu’il aurait mis en place contre cette maladie ; mais comme le fait remarquer un syndicaliste qui tient à garder l’anonymat pour éviter toute condamnation pour crime de lèse-majesté : "Seulement, par l’exemple qu’il donne, le roi sabote les campagnes d’information destinées à modifier les comportements sexuels des jeunes Swazis".
Mais ce qui soulève encore plus l’horreur et l’indignation, dans un pays où 65% de la population vit ou survit avec moins de 1 dollar par jour, où 200.000 personnes, soit le 5ème, connaissent la famine, c’est le train de vie insultant du roi Mswati III, ses dépenses extravagantes : 1 million d’euros seulement pour fêter son 37ème anniversaire, 390.000 euros pour l’acquisition de sa voiture Daimler-Chrysler Maybach dernier cri, avec tous les équipements les plus sophistiqués, dont 21 haut-parleurs ! Sans compter les luxueux manoirs offerts à chacune de ses femmes, le personnel stylé mis à leur service, les BMW série 5, une pour chaque ! Ce qui fait dire au journaliste Axel Gydén, l’envoyé spécial de “L’Express” : "S’il existait un hit-parade des républiques bananières, le Swaziland se classerait assurément aux premières places".
Mais la pire erreur serait, en partant de l’atroce réalité qui nous est décrite, d’isoler le Swaziland du reste du monde, pour en faire un pays d’arriérés et de sauvages conforme en tout point à l’image traditionnelle que les colonialistes ont collée au continent africain, pour en faire un État complètement en dehors du monde dit civilisé, jusqu’à l’assimiler à une fiction, comme pourrait du reste le suggérer le titre de l’article de “L’Express” "Ubu, roi du Swaziland". C’est oublier un peu vite qu’il n’y a pas très longtemps au cœur-même de l’Europe, dans l’Allemagne de Goethe, pour prendre ce seul exemple, la barbarie faisait son retour en force saccageant toutes les valeurs de l’humanité.
En réalité, c’est la question de la nature même du pouvoir qui est posée, sous une forme qui peut paraître caricaturale, mais qui illustre parfaitement hélas ! la célèbre formule de Lord Acton : "Tout pouvoir corrompt ; le pouvoir absolu corrompt absolument", et vient pour la énième fois confirmer la constatation d’Alain : "il n’est point d’homme (au monde) qui, pouvant tout et sans contrôle, ne sacrifie la justice à ses passions". Si un tel régime perdure dans de telles conditions, au moins depuis 1986, année de la montée sur le trône de Mswati III, - sans que le reste du monde en soit apparemment affecté -, c’est le signe qu’il bénéficie d’une très large complicité de la part de tous les chefs d’État, y compris ceux de l’Union africaine, qui n’ont jusqu’ici, à notre connaissance, exprimé publiquement la moindre réaction d’indignation. Aussi ne seriez-vous pas surpris de ce silence assourdissant autour du Swaziland, mais aussi et surtout autour des frasques de son roi comme autour des souffrances de son peuple...

Georges Benne,
Le Tampon


Lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme

Ce mercredi 3 août 2005, la médiathèque Louis Antoine Roussin a fait étalage de son professionnalisme pour le bonheur des 26 cruciverbistes, petits et grands, répartis dans 2 équipes d’égale force : les “Bichiques” et les “Marsouins”.
Sait-on que l’évènement avait été annoncé par voie d’affiche sur la “place” et que par conséquent, une cinquantaine de personnes s’y sont inscrites.
Trois catégories de participants de 6 à 11 ans, de 12 à 17 ans et de 18 à 77 ans devaient concourir en remplissant, en répondant aux grilles de finitions proposées par les journaux locaux : le “JIR”, “Le Quotidien” et “Témoignages”.
Les équipes étaient face à face. L’une doit répondre ou plus exactement trouver le mot qui correspond à la définition donnée par l’autre.
C’est un concept nouveau appliqué aux mots croisés.
Les “Bichiques” mènent au score 7 à 3, d’entrée, mais au bout de 10 minutes, renversement de la situation : ce sont les “Marsouins” qui sont maîtres de la partie avec un score de 10 à 9.
L’ambiance était survoltée. Les partenaires collaboraient pour tendre des pièges : Quelle définition embarrassera l’adversaire ? Quelle est la réponse adéquate ?
Ceux qui ne savaient pas lire verticalement sont désormais soulagés de ce handicap grâce aux coéquipiers tuteurs, et arrivent à écrire le mot “réponse”, ce qui est le but de la manœuvre.
Joyeux, tous les protagonistes sont auréolés d’un diplôme attestant de leur participation à cette manifestation qui est une activité culturelle et éducative.

Ali Ahmada,
concepteur de l’opération


Une foi qui cherche à mieux s’éclairer

"Maintenant, Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais près de toi avant que fût le monde" (Jean 17, 5).
Dans un courrier intitulé “Que ne fait-on pas dire aux “Écritures” ?”, P. Labrousse me cite à trois reprises (cf. “Témoignages”, 23/08/05). Insinue-t-il que je manipule les Écritures ? Si tel est le cas, il s’agit d’un procédé malhonnête, car l’opinion qu’il soutient dans son papier, n’a rien à voir avec ce que j’ai écrit jusqu’ici. Le texte de Paul que j’ai cité (Christ est mort... selon les écritures - 1Co 15,3-4), dans mon article du 4 août, avait pour objectif de montrer que l’Évangile de Paul vise autre chose que l’annonce d’un destin terrestre pour le Christ. Point.
Bien-sûr, P. Labrousse a parfaitement le droit de contester l’argument de Paul et des évangélistes sur l’accomplissement des écritures, concernant la vie, la mort et la Résurrection de Jésus. Mais, cette problématique n’est pas la mienne. Ma démarche n’est pas d’approuver ou de contester telle ou telle affirmation de Paul, de Jean, de Luc ou de Marc..., mais de faire un travail de lecteur ; de comprendre la lecture de ceux qui ont reconnu en lui le Messie, le Christ, le Sauveur. De quelle figure de Jésus-Christ portent-ils témoignage ?
Je constate que les auteurs du Nouveau Testament ont très tôt compris la mort de Jésus et sa Résurrection comme accomplissant les Écritures ; comme s’inscrivant à l’intérieur d’un dessein de salut, que Dieu réalise progressivement dans l’histoire. "Esprits sans intelligence, lent à croire tout ce qu’ont annoncé les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire" (Luc, 24,25-26). Phrase faisant écho en partie à ces autres : "Oui, le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui" (Marc 14, 21) ; "Dieu, lui, a ainsi accompli ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous les prophètes, que son christ souffrirait" (Actes 3, 18) ; "... aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, pour que l’Écriture s’accomplisse" (Jean 17, 12)
Cette profonde conviction des premiers Chrétiens est merveilleusement résumée et formulée par l’auteur de la Première Épître de Pierre : "Sur ce salut ont porté les investigations et les recherches des prophètes... ils ont cherché à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l’Esprit du Christ, qui était en eux, quand il attestait à l’avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient" (1Pr, 10-11).
Bref, les premiers Chrétiens ont considéré certains textes des Écritures comme des prophéties relatives à la mort et à la résurrection du Christ. Marc (15,33-41) fait appel aux psaumes 22 et 69 pour nous inviter à contempler dans le juste humilié le Fils de Dieu en croix. Matthieu systématise cette tendance : la mort de Judas (27, 3-10) est commentée à l’aide de Zacharie (11,12-13) avec des emprunts à Jérémie (18, 2-3 ; 19,1-2 ; 32,6-15), etc.
Certes, on peut trouver cette relecture non fondée, mais elle est celle des premiers Chrétiens et de tous les auteurs du Nouveau Testament. Et elle témoigne qu’une foi qui cherche sans cesse à mieux s’éclairer en mieux s’exprimant : la foi en un Dieu bienveillant qui dévoile son dessein dans une histoire, celle du peuple d’Israël d’abord et celle, ensuite, de Jésus-Christ, Verbe fait chair, manifestation totale du Père, Dieu avec nous, pour notre justification et notre libération.
Nous sommes bien loin des élucubrations de Pierre Labrousse qui cherche à justifier ses propres positions en se servant des Écritures.

Reynolds Michel


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus