Le danger du communautarisme

11 décembre 2006

L’héritage historique, colonisation par une société européenne, a donné la prééminence à la religion catholique.
Mais, d’autres cultes ont eu droit de citer, notamment après 1905, et la séparation de l’Etat et de l’Eglise.
Ainsi, beaucoup, voire toutes les religions sont présentes sur l’île, et elles cohabitent en pleine harmonie.
Alors où est le problème me direz-vous ?
Hé bien, cet état de fait est aujourd’hui en danger. On assiste de plus en plus à un repli sur soi des différentes communautés religieuses de l’île. Cela se traduit par des cloisonnements de plus en plus fort de nos sociétés.
Le bel édifice, patiemment monté par nos aïeux est en train de se fissurer.
Des tensions se créent, à l’image du communautarisme mauricien. Le mot est lâché. Le danger qui nous guette est avant tout le communautarisme.
L’intolérance est la règle dans les groupes religieux qui s’enferment sur eux-mêmes. Et elle commence à gangrener la société réunionnaise. Aujourd’hui, on assiste à un vrai retour vers les valeurs culturelles et cultuelles des pays d’origine.
Cette évolution inquiète car elle pousse à avoir peur de ce qui n’est pas comme nous.
Hors dans une société où il y a la peur, il y a forcément des frustrations, des rancoeurs, et cela peut se traduire par la violence.
Tordons ici le cou à une idée reçue : est réunionnais celui qui vit à La Réunion. Qu’importe son origine.
L’île n’a pas eu de génération spontanée, elle s’est donc peuplée progressivement, avec l’apport des différents groupes.
Les différents apports ont contribué à façonner notre culture, notre “melting pot”.
Alors pourquoi s’en prendre aussi violement à ceux qui arrivent de nos jours. Pourquoi leur refuser la chance qui nous a été offerte ?
D’un point de vue culturel, je suis de ceux qui pensent que notre culture s’enrichit des apports des uns et des autres.
Pour cette raison, quand on parle de préservation de la culture, j’appelle à une ouverture encore plus grande des portes. Si elle ne peut passer par la porte, faisons la entrer par la fenêtre, par le toit, par la cheminée.
Tout ce qui est figé, immuable, est appelé à mourir selon les anciens Égyptiens. Alors, il faut continuer à rendre dynamique notre culture et nos cultes.
C’est là le témoignage d’un enfant de l’île, d’une personne qui porte dans son sang les attributs cafre, malabars, chinois, créole, indien, zoreys (breton), malgache, et qui a choisi la foi musulmane comme religion et philosophie de vie.
Pour que le danger qui se profile, ce communautarisme voulu et cher à Nicolas Sarkozy (avec toutes les déviances) ne devienne pas la règle chez nous.
Pour que demain soit plus beau qu’aujourd’hui.

Bertrand Reshad Bertil


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