Le ’’fait objectif’’

2 août 2008

"J’ai reçu une lettre de licenciement, donc je suis viré’’, nous apprend Patrick Poivre d’Arvor, qui déplore la ’’brutalité ’’ de la direction de TF1, estimant ’’qu’après toutes ces années’’ de bons et loyaux services, lui toujours déférent et même complaisant à l’égard des hommes politiques en place, il méritait ’’un peu plus d’élégance’’. Et lorsqu’il déclare qu’il n’y a ’’aucun fait objectif’’ qui justifie à ses yeux une telle décision, il est bien en deçà de la réalité. Car il y a un ’’fait objectif’’ : mais c’est le fait du prince ! Il n’avait plus les bonnes grâces du pouvoir, il est remercié comme un malpropre. Malgré sa notoriété, malgré tout son talent, malgré toute son expérience.
L’acte en soi n’est pas nouveau. Point n’est besoin de remonter aux années 1930, quand le Comité des Forges, les Rois du sucre et de la laine tenaient déjà en laisse les principaux journaux de l’époque, ni même sous l’Occupation quand la presse et la radio étaient totalement bâillonnées. Aujourd’hui, en ce début du XXIe siècle, et d’une façon parfois plus insidieuse mais toujours systématique, les grands groupes industriels et financiers de concert avec le pouvoir ont fait main basse sur les médias dans leur ensemble, la télévision en particulier. Le meilleur exemple et sans doute le plus criant est TF1, le principal organe d’informations et d’opinions passé entre les mains du holding BTP Bouygues depuis sa privatisation. Et c’est TF1 précisément qui vient de prononcer l’éviction de PPDA. Sans la moindre gêne apparemment et, bien plus grave, sans que l’opinion n’ait vraiment jusqu’ici réagi, pas plus que la presse placée presque entièrement sous leur contrôle, ni même ses propres confrères journalistes par élémentaire solidarité. Le fait a eu lieu il n’y a pas deux mois, et déjà on n’en parle plus !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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