Le Grand Manicon

14 septembre 2007

Si La Réunion est souvent un monde hybride, elle porte aussi en son sein des éléments de synthèse, un petit joyau, un espace exceptionnel où tous apportent leur génie, à condition que les traditions ne se perdent pas.
L’œuvre de Sully Santa Govindin est marquée par la patience et l’acceptation de remettre en cause son manuscrit pour trouver une relative perfection. Dans le Grand Manicon, au-delà de la valorisation du fonds littéraire tamoul et d’un effort pédagogique, ce sont deux parties originales qui se complètent : la littérature du monde indien y est traitée (dont des textes qui furent utilisés localement par les premiers ancêtres du Tamilnadu) dans un regard en trajectoire linguistique où le fonds aryen y est succinctement évoqué (le sanskrit... non cultuel et l’hindi).
La majorité des textes sont en tamoul (médiévaux et contemporains) avec la traduction française, sous contrôle d’après l’auteur qui a choisi trois thèmes : le sacré, la hiérarchie et l’humanisme.
Dans les textes, vous trouverez de la poésie, de la prose, de courts essais et des récits. Vous découvrirez “L’hymne à Vinaryéguèl” qui est la première prière des engagés dédiée au Dieu de l’intelligence ainsi que “Le Roi et le Mendiant” où paraissent les racines verbales du sanskrit littéraire. Vous découvrirez aussi “Opparli” un poème en forme libre sous les lamentations.
Mais dans les textes contemporains, osons une petite préférence pour “Réverbère” où l’hommage d’un vieil homme à une lampe à mèche.
Le tout dans une grande simplicité qui donne de la force au texte qui pourrait servir au Dipavali du XXIe siècle.
Si les paroles du Grand Manicon sont présentes, le tout de l’ouvrage est une contribution à apprécier une autre culture emprunte de poésie issue du tamoul parlé populaire qui devrait intéresser le réseau éducatif local.
Ainsi chaque publication est un engagement volontaire, une participation civilisationnelle humble mais prégnante. Ce flambeau aura alors servi à cette cause qui n’est pas perdue.
Pardonnez cette intrusion littéraire, mais le monde ayant horreur du vide, l’inopportun pour les uns ou moulin aux heureuses surprises pour les autres, ces textes sont devenus présents et vivants grâce à la culture livre, une agora aux multiples facettes.

Christian Vittori


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus