Di sak na pou di

Le libre arbitre, une illusion nécessaire ?

François Maugis / 3 janvier 2020

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Selon Spinoza, l’approche scientifique du comportement humain s’oppose à l’illusion de la liberté. Les philosophes modernes opposent à ce concept l’expérience de Libet (1). En réalité, cette démonstration de laboratoire décortique simplement le processus de décision qui est anticipé par une impulsion électrique du cerveau. Cette expérience ne contredit en rien l’affirmation selon laquelle le libre arbitre est une illusion. En effet, dès la naissance, le cerveau emmagasine des quantités colossales d’informations et c’est évidemment cette base de données qui s’enrichit avec l’âge, qui permet à l’enfant de devenir adulte, qui améliore l’adaptation du comportement aux mille et une circonstances de la vie.

Des expériences américaines ont d’ailleurs démontré qu’un bébé vivant trop longtemps sans aucun bruit dans le noir, prendra énormément de retard par rapport à un autre stimulé par le bruit, les couleurs et la lumière. C’est donc bien l’environnement qui nous construit. J’irais même plus loin, nous sommes le jouet de notre environnement affectif, cultuel, culturel, économique, familial, humain, philosophique, politique, religieux, social, etc. Et, dans l’absolu, le libre arbitre est bien une illusion. Punir ou récompenser n’a de sens que si l’on considère la faute ou le mérite comme le fruit des influences du milieu dans lequel a vécu le coupable ou le méritant.

On retrouve cette idée dans le fameux dicton : « Il n’y a pas de bons ou de mauvais élèves mais seulement de bons ou de mauvais professeurs. Punir ou récompenser, c’est donc sanctionner cet environnement et non la personne. On comprend alors mieux l’embarras du juge et la modestie du récompensé. Cela me fait penser au mauvais comportement des médecins dans certains pays sous-développés ou dont la culture est différente de la nôtre. En cas de maladie, l’hôpital met le malade sous perfusion et on le renvoie chez lui lorsqu’il est requinqué. Après deux ou trois navettes entre l’hôpital et son domicile, il finit par mourir car il n’est pas réellement soigné. Il en est de même pour la prison qui ne changera pas grand-chose au mal dont souffre le condamné. Quant au diplôme qui sanctionne la réussite scolaire, on peut considérer qu’il y a surévaluation du mérite. Ceci est particulièrement choquant lorsque ce diplôme entraîne une inégalité trop grande de la rémunération et du statut social.

Cependant, en attendant que l’humanité atteigne un certain degré de sagesse, le libre arbitre est une illusion nécessaire. Il y a encore trop de gens peu vertueux capable de faire plus de mal que nécessaire en invoquant l’absence de libre arbitre (1). Freud et son neveu Bernays en font malheureusement partie. L’un a réussi à nous culpabiliser, l’autre à nous manipuler.
Freud, père de la psychanalyse, était cupide et cynique, il ne songeait qu’à devenir célèbre, nous dit Onfray. Rien d’étonnant à ce que son neveu Edward Bernays, soit rapidement devenu le père de la manipulation d’opinions.
Alors que la sexualité est la chose la plus naturelle et sans laquelle aucun humain ne viendrait au monde, Freud, pour choquer l’opinion, nous parle de l’enfant comme un « pervers polymorphe ». Pour lui, la sexualité n’est plus naturelle, ce serait au contraire le nœud de tous les conflits de la vie psychique. Freud se complaît dans une masturbation intellectuelle à base de pulsions malsaines, d’inhibitions, d’angoisses, de névroses et de maladies nerveuses. Il a réussi à détruire dans nos esprits l’une des plus belles choses de la vie, l’amour et le sexe.

Alors que les humains ne demandent rien d’autres que de vivre en harmonie avec leur territoire et leurs semblables, Bernays invente la manipulation des foules et ce qu’il appelle la « fabrication du consentement ». L’un de ses premiers livres publié en 1928 s’intitule :
« Comment manipuler l’opinion en démocratie ». C’est ainsi qu’aux États-Unis, il permit à une minorité de manipuler à sa guise la majorité d’un peuple, dans l’unique but de s’enrichir. Mais il ne s’arrêta pas là. Il s’attaqua également à la politique. Cela consista à pervertir les démocraties pour faire plier les volontés des masses aux desseins des élites, en toute non-violence. Il a su exploiter les avancées apportées par son oncle, ainsi que le rayonnement scientifique de ce dernier dans le domaine de la connaissance de l’irrationalité, à des fins économiques idéologiques et politiques. Sa discrétion dans notre paysage culturel actuel est inversement proportionnelle à l’ampleur de son influence. Même dans les agences de pub ou dans les services de relations publiques, son nom est presque inconnu, tout du moins en France. Il faut dire qu’il était un fervent partisan d’une « gouvernance de l’ombre » et ses écrits ne tarissent pas sur ce sujet. « Créer du besoin, du désir et créer du dégoût pour tout ce qui est vieux et démodé » furent un de ses leitmotiv. « Fabriquer du consentement », « Cristalliser les opinions publiques » furent les titres de 2 de ses œuvres écrites. « Dompter cette grande bête hagarde qui s’appelle le peuple qui ne veut ni ne peut se mêler des affaires publiques et à laquelle il faut fournir une illusion » en furent d’autres.

François-Michel MAUGIS