Le Mahatma Gandhi ou l’éveil des humiliés

28 février 2008

Jacques Attali, professeur d’économie, vient de publier “Le Mahatma Gandhi ou l’éveil des humiliés”.
Ce n’est pas le Jacques Attali qui vient de remettre un rapport au Président de la République. Ce Jacques Attali-ci ne m’intéresse pas. Mais l’homme qui a écrit sur le Mahatma Gandhi, oui ! J’ai lu avec attention son livre. De tous les livres que j’ai lus sur le Mahatma Gandhi, je crois que c’est le meilleur.
Dès sa naissance, au Gujarat, dans le Nord de l’Inde, en 1869, le Mahatma Gandhi est sensibilisé à l’ahimsa, c’est-à-dire au respect paisible de toute vie.
Le Mahatma Gandhi fait ses études en Angleterre. Il vit en anglais, c’est-à-dire l’alimentation, les loisirs, etc... Il devient avocat. Il commence à mettre en application, en 1893, lors de son séjour en Afrique du Sud, la non-violence à l’action politique.
Pour défendre les droits de sa communauté, le Mahatma Gandhi développe le “satyagraha”*, c’est une attitude non violente qui se veut à la fois active et positive. De plus, elle demande plus de courage que l’action violente, car elle implique les châtiments jusqu’à “mourir en souriant”. Et puis, elle a une finalité précise : faire triompher la vérité (“satya”). En 1906, lorsque le gouvernement décide d’enregistrer la population indienne pour mieux la contrôler, Gandhi demande à ses compatriotes de ne se plier aux exigences de la nouvelle loi.
Après sept ans de lutte, les autorités sont contraintes de négocier sous la pression de l’opinion publique. De retour dans sa patrie, en 1915, Gandhi applique cette méthode de non-coopération à l’Inde. Il vise non pas une seule indépendance politique, mais une société autosuffisante et pacifique. Son objectif est le “swaraj”, le contrôle de soi : « Celui qui est capable de son propre contrôle observe les règles de moralité (...). Une nation jouit de swaraj si elle possède un grand nombre de tels citoyens », écrit-il. Ses premières actions non violentes (“satyagraha”), en 1918, durant une famine, contraignent les Britanniques à alléger la fiscalité qui pèse sur les fermiers cultivant des produits d’exportation.
Devenu en 1921 l’un des dirigeants du parti du Congrès nationaliste, il lance une campagne de boycott des textiles anglais. Les Indiens sont appelés à porter des vêtements faits maison et les membres du parti ont obligation de filer chaque jour.
Cette dernière pratique présente l’avantage de canaliser la violence dans laquelle risque de basculer la politique de non-coopération. Ce sont d’ailleurs des affrontements très durs entre Indiens et forces de l’ordre qui, en 1922, poussent Gandhi à interrompre son action. En 1930, il reprend la main avec sa célèbre “Marche du sel”. Des milliers d’Indiens le suivent jusqu’à la mer pour ramasser le sel et échapper ainsi à la taxe imposée par le gouvernement.
En 1942, son appel « Quit India » exige du colonisateur l’obtention d’une indépendance totale de l’Inde. Après deux ans de résidence surveillée, il finit par obtenir gain de cause. Toutefois, les Britanniques, en accord avec les leaders communautaires, prévoient la partition du pays entre un état à majorité musulmane (le Pakistan) et un état à majorité hindoue. Le Mahatma Gandhi (Bapu) l’accepte pour éviter la guerre civile. Mais sa tristesse est telle qu’il semble appeler la mort de ses vœux.
Le 30 janvier 1948, elle prend le visage d’un extrémiste hindou, Gopal Godse, qui l’accuse d’avoir favorisé les musulmans au cours de ses tentatives de rapprochement des communautés. Deux millions d’Indiens seront présents à ses funérailles.
Le Mahatma Gandhi est considéré par l’Eglise catholique comme un saint homme.

Marc Kichenapanaïdou

NB : Patience et souffrance

* Etymologiquement, “satyagraha” signifie : se retenir à la Vérité - d’où Force de la Vérité. Je l’ai appelée également Force d’Âme ou Force d’Amour. En pratiquant le Satyagraha, je m’aperçus rapidement que la recherche de la Vérité n’admettait point qu’on eût recours à la violence contre son adversaire et qu’il fallait arriver à le tirer de l’erreur par la patience et la sympathie : car ce qui paraît Vérité à l’un peut sembler erreur à l’autre. Et la patience implique la souffrance personnelle. La doctrine en vint donc à représenter qu’on défend la Vérité non pas en faisant souffrir son adversaire, mais en souffrant soi-même.

Extrait tiré du Satyagraha (1919)


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