Di sak na pou di

Le meilleur geste barrière contre les pandémies ? La protection de la biodiversité !

Bruno Bourgeon / 13 mars 2021

« Jusque dans les années 1970, une nouvelle maladie infectieuse émergeait tous les quinze ans », rappelle l’OMS. « Aujourd’hui, c’est cinq par an. »

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« Entre-t-on dans une ère de confinements chroniques où on aura toujours un masque de rechange dans notre sac ? », se demande la réalisatrice Marie-Monique Robin. Une perspective anxiogène qu’elle creuse dans son dernier livre La fabrique des pandémies (La Découverte, 2021), avec un documentaire en préparation. Comment éviter la survenue de nouvelles pandémies ? Les prévenir suppose de prendre conscience du risque. Parmi les maladies infectieuses émergentes, 75 % sont, à l’instar du Covid-19, des zoonoses, autrement dit des maladies transmissibles par les animaux à l’homme, à l’image de ces joyeusetés : Sida, Nipah, grippe H5N1, grippe H1N1, Sars, Mers, Ebola, fièvre de la vallée du Rift, Chikungunya, dengue, Zika…

L’un des principaux facteurs concourant à leur accroissement depuis le début des années 2000 est la modification des écosystèmes. Rodolphe Gozlan, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l’explique par la forte croissance de la population mondiale. Or, rappelle-t-il, les écosystèmes tropicaux sont « riches en diversité et présentent des équilibres fragiles entre les différents animaux et habitats ». Des virus et autres pathogènes y sont présents à bas bruit. « Quand un singe ou une chauve-souris porte un virus, celui-ci ne se transmet pas rapidement dans un contexte de forte diversité génétique puisque toutes les espèces ne sont pas de bons réservoirs à pathogènes », relève-t-il. Mais si l’on réduit la diversité des animaux, alors émergent des hôtes particulièrement transmetteurs. Voir l’exemple de la bilharziose, dont les larves sont transmises à l’homme par des escargots d’eau douce, sa prévalence est réduite là où la diversité en escargots est forte. A l’inverse, la disparition des prédateurs (loups, lynx, coyotes, renards et rapaces) entraîne la prolifération des souris à pattes blanches qui sont porteuses de tiques qui transmettent la maladie de Lyme. La déforestation en milieu tropical favorise également la diffusion des virus qui auparavant étaient dans des zones inaccessibles.

Serge Morand, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) considère que l’augmentation du nombre d’animaux d’élevage est également facteur d’émergence des zoonoses. Comme le précise Rodolphe Gozlan, l’élevage intensif en zones tropicales contribue doublement à la déforestation, car il nécessite des terres pour abriter les animaux et pour cultiver leur nourriture, comme le soja pour le bétail.

Or, par la sélection des lignées à forte croissance, on réduit la diversité génétique pour assurer une production maximale. Si les animaux d’élevage entrent en contact avec la faune sauvage porteuse de virus auxquels ils sont sensibles, ils peuvent devenir bio-incubateurs. D’autant qu’ils sont constamment stressés par leurs conditions de vie, donc immunodéprimés, et confinés.

L’élevage industriel participe également à l’émergence des pandémies à cause de la spécialisation des filières. Un exemple ? Le foie gras : un canard naît dans une ferme, est élevé dans une autre, gavé ailleurs, avant d’être tué sur un autre site. Ce qui favorise la diffusion des virus.

Toutefois il existe des systèmes de biosécurité : systèmes fermés, bâtiments ou grillages, contrôle des entrées et sorties, hydrométrie et ventilation, en évitant tout contact avec la faune sauvage. Ainsi l’exemple de la peste porcine africaine qui a récemment sévi en Belgique, véhiculée par les sangliers. Elle n’a pas franchi la frontière. La biosécurité est pourtant « une illusion », juge Serge Morand. Selon lui, elle favorise l’industrialisation et la concentration des animaux, en augmentant leur densité. Elle entraîne une disparition des races locales. C’est à la fois un remède et un poison, puisqu’elle encourage la standardisation de la production des animaux. Obligatoire pour les élevages de volaille et de cochon, elle va bientôt être étendue à tous les animaux d’élevage, même si la Confédération paysanne a obtenu en 2018 qu’une version allégée de la biosécurité s’applique pour les exploitations de moins de 3 200 volailles.

L’écologie serait-elle le remède contre les pandémies ? L’analyse de l’effet du changement climatique le montre également. Par exemple, le fait que dans certaines régions les températures nocturnes minimales remontent permet aux virus de se déplacer vers de nouvelles zones. Ensuite, le réchauffement peut aussi avoir des effets indirects via les inondations qui déplacent les rongeurs, vecteurs d’agents infectieux. Enfin, il crée des niches environnementales nouvelles, favorables aux moustiques. Le moustique-tigre, friand de fortes températures, s’est installé en Méditerranée du Nord. En Afrique, la malaria gagne de nouveaux terrains.

Il est par conséquent d’autant plus essentiel de prévenir la survenue de futures pandémies que la vaccination a ses limites. Les vaccins peuvent créer de la résistance en sélectionnant certains variants. Evitons ces courses sans fin de vaccins imparfaits.
Il est primordial d’aider les pays du Sud à se développer, ce qui aura un effet sur la démographie galopante de ces pays. Marie-Monique Robin ne voit pas d’autre issue : « Il faut revoir notre rapport à la nature et le modèle économique dominant. »

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
D’après Alternatives Economiques, du 10 mars 2021