Di sak na pou di

Le mono-culturalisme de François Fillon

Reynolds Michel / 17 avril 2017

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J’ai eu l’occasion d’écouter tout récemment et avec beaucoup d’attention le discours de François Fillon à la porte de Versailles, le dimanche 9 avril 2017. Et j’ai entendu un discours de conservatisme social. De surcroît, je trouve assez inquiétant sa conception de l’identité nationale. La France de Monsieur François Fillon se réduit à l’hexagone. Les populations et territoires d’outre-mer dont les normes culturelles sont d’une grande diversité ne comptent pour rien. La France d’outre-mer ne s’inscrit pas dans l’identité française.

J’en veux pour preuve la déclaration même de Monsieur Fillon à Réunion 1ère, le 12 février 2017 : si « La Réunion, qui est au sein de la République, est un territoire mosaïque en raison de son histoire », « la France ‒ confirmant ce qu’il a déclaré à Poitiers le jeudi 8 février 2017 ‒ n’est pas un pays mosaïque » (Laurent Capmas,/Reuters, 12/02/2017).

Pour François Fillon, il n’y a qu’« une seule histoire, une seule langue et une seule culture » : celle de la Métropole. C’est la négation de la diversité française, de l’identité plurielle de la France, même réduite à l’hexagone. C’est l’enfermement de l’idée de nation dans une identité figée, réifiée, éternisée. D’où la reprise par Monsieur Fillon du discours sur l’assimilation des migrants (même de ceux qui ne le sont plus depuis longtemps), c’est-à-dire un discours qui entend éliminer les différences, effacer la référence à la culture d’origine.

« Je veux que les étrangers s’intègrent, s’assimilent, respectent l’héritage qui est le nôtre », disait-il, le 24 novembre 2016, lors du dernier débat de la primaire de la droite (Cf. Le Monde, 25/11/2016). Et, tout récemment : « L’immigration sans intégration, sans assimilation, doit être stoppée » (Discours Porte de Versailles le 9 avril 2017). Une homogénéisation à tout prix qui n’a jamais marché.

J’ai du mal à comprendre le refus de François Fillon d’observer comme tout un chacun que la France, réduite ou pas à l’hexagone, est objectivement ou de facto une société multiculturelle (24 novembre 2016) et que son identité est plurielle, superposant plusieurs attachements : locaux, régionaux, nationaux et autres. L’identité française posée comme monolithique et immuable n’a jamais existé. La France s’est forgée par et dans la diversité. Elle n’a jamais connu de culture uniforme. « La France se nomme diversité » écrivait Fernand Braudel, son unité est celle d’une nation construite par la volonté d’un vivre ensemble.

Est-il nécessaire de rappeler que l’identité se construit toujours dans une histoire et qu’elle à vocation à se développer et se transformer au sein d’un contrat social vivant ? L’identité française a évolué. « Longtemps, on était français que si l’on était catholique. Puis une rupture est intervenue, à la Révolution. Certaines valeurs du christianisme (…) sont restées au cœur de l’identité nationale, mais sous une forme sécularisée », écrit l’historien René Rémond (La Croix, 14/03/2007).

Dans le miroir républicain et culturaliste de François Fillon « plusieurs identités culturelles ne peuvent cohabiter sur un même territoire » (Le Monde, 25/11/2016). Conséquemment pour Monsieur Fillion, les conditions d’un bien vivre ensemble sont tout bonnement l’unité et l’uniformité. A l’immobilisme républicain de François Fillon peu regardant sur les droits culturels des personnes, je préfère affirmer la diversité culturelle, à l’image de la société française, comme une richesse et reconnaître la pluralité des pratiques.

Reynolds Michel