Di sak na pou di

Le patient et son guide intérieur inconscient co-thérapeutes avec le médecin

Frédéric Paulus / 18 février 2020

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L’inconscient se définit selon deux strates : la plus profonde, celle qui devrait être qualifiée de phylogénétique, commune à tout être humain, sélectionnée depuis des milliards d’années et que nous partageons, en partie, avec les mammifères ; et l’inconscient propre à chacun, lié à notre histoire dès notre conception. L’hypothèse du « guide intérieur » serait une émanation de cette première strate de l’inconscient. Il nous guiderait à notre insu, nous aidant à percevoir et discriminer ce qui est nécessaire à notre vie et ce qui peut lui nuire avant même que nous ayons conscience de telles différences. Ce guide, dont la réalité serait renforcée par la découverte des « neurones miroirs », (2006), Giacomo Rizzolatti, aurait conservé cette fonction en extrayant des images. Cette mise en images serait ce qui a été nommés « les rêves », agréables ou bénéfiques ; ou les cauchemars, pénibles. Ils auraient pour fonction de nous informer instantanément sur des éléments qui peuvent favoriser notre vie ou l’entraver. Cette fonction, pouvant être qualifiée de « guide » inconscient serait potentiellement mobilisable lors d’une maladie, agissant comme une alliée, dans un sens, tant du patient (du malade) que du médecin.

Comme une blessure se cicatrise d’elle-même, comme l’ADN se répare de lui-même, selon les travaux du grand généticien Miroslav Radman (Le code de l’immortalité, 2019) ; comme le cerveau anticipe nos prises de décision et cela à notre insu, selon Roger Sperry, (1913-1994) ; le même mécanisme, consistant à solliciter auprès d’une personne malade sa participation active, devrait être envisagé, l’impliquant dans un processus d’autoguérison associé à l’action du médecin, où l’action de ce « guide » opérerait à l’insu du malade. Et ce, même si l’origine de la maladie présente une cause que la médecine guérit immanquablement. Toute maladie engendre des conséquences en termes de questions : Pourquoi suis-je atteint de cela ? Pourquoi moi ? Pourquoi tel organe ?
Le malade est-il confiant dans son éventuelle guérison, ou celle-ci advient-elle sans la moindre participation de sa part ou sans en appeler à l’effet placebo ? S’agit-il d’une maladie à cause unique, ou est-elle reconnue selon des causes plurifactorielles ?

Nous nous tournons maintenant du côté du médecin. Celui-ci aura rarement été sensibilisé à la réalité envisageable d’un tel « guide intérieur » ; ou de la participation thérapeutique d’un inconscient phylogénétique producteur d’informations sur le malade sous forme d’images.
En reprenant les critiques formulées (en conclusion, résumées, en fin de ce texte) par le neurochirurgien Stéphane Velut de la position « démiurgique » du praticien (chirurgien ou médecin), la présence d’un guide intérieur coparticipant aux soins du malade réduirait ce côté démiurge. Il engendrerait chez le thérapeute une position de maïeuticien contribuant à actualiser des potentialités innées et acquises soignantes présentes chez son patient.
Solliciter la participation active du patient, c’est ce que font nombre de thérapeutes et c’est ce que suggère la neuroépigénéticienne Isabelle Mansuy de l’université de médecine de Zurich « Reprenez le contrôle de vos gènes », (2019). Informer des caractéristiques de la maladie tout en prenant en compte la possible présence de ce guide intérieur, là serait la nouveauté. Cette posture réduirait la position « démiurgique » du médecin et la croyance que la guérison adviendrait indépendamment du malade, ce qui ne serait plus le cas avec l’hypothèse du guide intérieur.
La « démiurgie » du praticien a été en effet mise en exergue récemment par le neurochirurgien Fabrice Velut, du CHU de Tours, dans « L’illusoire perfection du soin », 2014, et dans « L’hôpital, une nouvelle industrie », 2020, dans un contexte d’inhibition du patient, voir (1) : « Des mots sur les maux de l’Hôpital » - https://www.zinfos974.com/%E2 %80 %8BDes-mots-sur-les-maux-de-l-Hopital_a149311.html
Les critiques du chirurgien, qui ne devraient pas être réduites à ce seul aspect (voir plus bas), portent plus généralement sur la crise qui touche actuellement l’hôpital et sa médecine interne incluant la chirurgie (en principe « des pôles d’excellence »). Ces critiques devraient questionner le fonctionnement des structures hospitalières. Nous y rajouterons nos suggestions du fait de l’occultation de la réalité envisageable de ce guide intérieur que nous chercherons à objectiver. Les structures hospitalières, selon nos analyses, seraient trop souvent impliquées dans l’approche symptomatologique au détriment d’une approche transdisciplinaire du patient, si l’on garde en mémoire que le sujet en tant que corps, depuis sa conception, possède une histoire dans un environnement donné tout en étant dépositaire d’un patrimoine évolutionniste sélectionné depuis plusieurs milliards d’années. Avec les récentes données de la génétique et de sa face trop souvent sous-évaluée l’épigénétique, une telle réforme de l’hôpital et de la médecine générale apparaîtra tôt ou tard comme un impératif politique. Et si nous devions rajouter la réalité de ce guide intérieur, ce serait l’ensemble de la médecine qui se trouverait transformé. Espérons que lecteur ne nous assimilera pas à un nouveau démiurge !, ni ce guide intérieur !

L’implication du malade à son autoguérison

En attendant ces réformes, notre contribution plaide pour une prise en compte de l’implication du malade à son autoguérison l’extrayant d’un risque « d’inhibition de l’action » (Henri Laborit, 1979). De fait, cela l’impliquerait également dans sa citoyenneté, générant une responsabilisation concernant sa santé dont la gestion financière est aujourd’hui rendue gratuite par l’effort collectif citoyen.
Ceci rendrait peut être plus efficientes les campagnes de prévention alors que l’on entend parfois : « La cigarette tue ? Les autres, mais pas moi ! ».

Cette démarche éthique d’implication du malade serait sous-tendue par l’hypothèse que le vivant aurait une sorte de fonction subliminale de ce qui lui serait bénéfique. Cette capacité aurait été sélectionnée par l’évolution, un peu comme les mammifères ont une connaissance des aliments comestibles sans en connaître les caractéristiques chimiques ; et ce grâce aux performances de leur flair que certains éthologues assimilent à un sixième sens. Pour les humains ce sixième sens viendrait de cette fonction télé-sémantique. Dans un second temps se posera la question de l’interprétation des images lorsque celles-ci franchissent la porte de la conscience. C’est un sujet qu’il nous faudra aborder ultérieurement nous affranchissant de théories psychanalytiques.

Nous attirons l’attention de nos pairs et de tous soignants sur la prise en compte de la réalité objective de cette fonction cérébrale qui préfigurerait dans son fonctionnement un scénario (des scénarios) sur les états mentaux et physiologiques (confondus) en chaque être humain. Et ce, en activant, dans les « arcanes » de la nuit, des scénarios imagés appelés selon le sens commun « rêves », soit une fonction télé-sémantique prenant la forme de scénarios imagés porteurs de sens. Ceux-ci offriraient une (des) indication(s) de(s) ressource(s) potentiellement disponible(s) de l’organisme à faire face, ou non faire face, à l’épreuve de la maladie. Dans ces scénarios le patient est mis en situation au travers d’actions motrices qui s’expriment - donc à son insu - par des comportements (imagés) et fournissent une (des) indications des dynamismes latents renseignant le patient et son thérapeute sur la suite de sa maladie. Le traitement, alors, s’articulerait en fonction de ces informations produites par l’organisme comme autant d’éléments internes illustrant ses capacités à faire face ou non à la maladie, avec toutes les nuances entre ces deux alternatives. Même si le patient ne se souvient pas de ses rêves, ceux-ci poursuivent leur dynamisme potentiellement soignant ou non soignant. On ne serait pas surpris si les chercheurs découvraient que les mécanismes sous-jacents à cette fonction sont l’expression de forces vitales innées utilisant le langage d’images autoproduites cérébralement, capacité qu’aurait le cerveau avant que celui-ci ait accédé au langage parlé et articulé. Ces dynamismes seraient génétiques et acquis en fonction de souvenirs qui auraient marqués l’ontogénèse de la personne depuis sa conception.

Ce sont les travaux de Benjamin Libet (1916-2007), Roger Sperry (1913-1994) et Michael Gazzaniga (1939) pour les neurosciences qui ont montré que le libre arbitre était dépendant de données qui échappent à la conscience et qui nous guident, à notre insu, à prendre des décisions. Ces travaux corroborent les intuitions et déductions cliniques avancées par le grand psychanalyste Carl Gustav Jung (1875-1961).
Voir (2) : Paulus. F. (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2013/138/paulus.htm)
Jung discerna cette possibilité du cerveau à anticiper une réalité en la préfigurant sous forme de « rêves », selon une fonction qu’il nomma « fonction anticipatrice des rêves ».

Pour illustrer la notion de non-participation d’un patient à ses traitements, j’évoquerai le souvenir d’une tante (par alliance) hospitalisée à l’institut Curie suite à un mélanome de 2 cm ½, initialement bénin et qui dégénéra en cancer généralisé six mois plus tard. Elle disait aux équipes soignantes qui la visitaient dans sa chambre en se dirigeant systématiquement vers sa pancarte sans avoir ou prendre le temps d’un échange plus intime : « Je ne suis pas que des résultats d’examens ! »
Elle me confia les causes existentielles, dont elle était formelle, de son cancer : « J’ai ce cancer pour me punir d’avoir mal agi avec ton oncle, ce dont je n’ai pas pu parler ici dans ce service. »

Les derniers mots du neurochirurgien Patrice VELUT

Introduction de : L’hôpital, une nouvelle industrie, le langage comme symptôme, Tracts - Gallimard, N°12, 2020.

« Tout juste 60 ans se sont écoulés depuis la création des Centre hospitaliers universitaires (CHU). Ces structures sans le cœur d’un système - réputé excellent - en raison de leur vocation à allier soins, enseignement et recherche au service du public. Sur le papier, pas de meilleur principe. Mais ce cœur s’est emballé, son rythme est devenu infernal, le corps soignant s’épuise, maints praticiens sont las et le nombre de ceux qui le quittent s’accroît. Le public, informé çà et là de crises qu’il imagine ponctuelles aux Urgences ou ailleurs, n’en sait pratiquement rien de plus. A ces poussées de fièvre répond en général de quoi casser le thermomètre : injection de fonds puisés ailleurs, invention d’organisations supplémentaires, création de nouvelles couches administratives, prime antalgiques, etc. In fine, réformes de surface et mesures a minima ne changent à peu près rien, voire aggravent les problèmes. Seul le courage politique sauverait ce cœur malade. Comprendre l’origine du malaise permettrait de penser aisément aux remèdes efficaces. »

Frédéric Paulus, Directeur du CEVOI (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)