Di sak na pou di

Le poids des mots

Marylène Berne / 23 février 2019

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Antisionisme, antisémitisme, antisémite, antisioniste… Jamais ces mots n’ont été autant entendus à la radio et à la télé, autant écrits dans tous les journaux ces jours-ci... Depuis des années, en toute honnêteté, comme de nombreuses personnes, je définissais l’antisémitisme comme une violente critique de la religion juive, voire même une condamnation et l’antisionisme comme une critique raisonnée de la politique israélienne vis-à-vis du peuple palestinien. D’ailleurs l’antisémitisme est puni par la loi comme délit raciste. Or, il s’avère que depuis quelques jours, nos dirigeants et certains députés « En marche » ont des velléités de punir aussi le terme d’antisionisme suite aux insultes faites à monsieur Finkielkraut samedi 16. Et voilà l’amalgame commis souvent par des journalistes ou des politiques, érigé en vérité puis peut-être en loi. Le sénateur Philippe Bas, que j’ai entendu le 21 sur France-Inter, recommandait la prudence en la matière et ne semblait pas d’accord avec l’équivalence des deux appellations.

Si sanction il y avait pour avoir prononcé “antisionisme” il faudrait alors, si on n’approuve pas la politique de Benyamin Netanyahou dire : « Je suis anti - occupation des territoires palestiniens par une colonisation intensive israélienne qui persiste en dépit des résolutions de l’ONU, je suis contre le blocus inhumain de Gaza et la construction de ce mur qui a spolié les terres palestiniennes, je dénonce les nombreux emprisonnements arbitraires d’adultes et de mineurs ainsi que leurs conditions de détention ». Evidemment, c’est un peu long à formuler et c’est une attaque à la liberté d’expression.

Il existe déjà une condamnation pour le boycott des produits israéliens importés en France alors que pendant l’apartheid, le refus d’acheter des produits sud-africains était admis et appliqué par des citoyens épris de justice. Espérons que les critiques envers le Président Macron ne conduiront pas ceux qui les formulent dans une Bastille du XXIe siècle…

Deux réflexions pour finir, la jeune femme « gilet jaune » Ingrid Levavasseur, désireuse de former une liste pour les européennes, s’est fait insulter violemment et a été traitée de « sale juive » mais on n’a pas manifesté pour elle, ce n’est pas très grave, c’est une femme et dans notre société l’indignation est à deux vitesses… Enfin, pour ceux qui sont curieux, il est intéressant de regarder sur internet le profil de monsieur Finkielkraut qui a eu ces dernières années, de violentes critiques du MRAP et d’organisations féminines pour avoir tenu publiquement des propos racistes et avoir pris des positions douteuses sur les banlieues, les mouvements lycéens, les musulmans, les féministes……A lire, pour ne pas avoir toujours une information orientée.

Marylène Berne