Le Pongol

12 janvier 2007

Terme dérivé du tamoul pongal qui signifie ébullition. Fête religieuse des Indiens d’origine tamoule qui commence le premier jour du mois de tay du calendrier tamoul (en 2007, le 11 janvier) et dure 3 jours.

Historique

Autrefois, chaque année, les maîtres des plantations accordaient aux engagés indiens 3 ou 4 jours de congé au début du mois de janvier. Beaucoup en profitaient pour accomplir une marche sur le feu. Cette habitude a marqué la langue créole au point que pour de nombreux Réunionnais d’origine indienne, aujourd’hui encore, le congé du début de l’année est le congé du Pongol (i done konzé Pongol, i done kat zou Pongol). A l’origine, en Inde du Sud, le Pongol est la fête de la moisson, la fête de la récolte. Les maisons sont nettoyées, blanchies à la chaux et décorées. Le paddy nouvellement récolté est pilé. On en met un peu à cuire dans une marmite en terre cuite neuve. Lorsque l’eau bout, on crie « Pong galao ! ».

Cette cérémonie a pris très tôt un caractère profondément religieux. La fête dure 3 jours entiers. Le premier jour, on brûle tout ce qui apparaît inutile, en guise de purification. Ensuite se déroulent de grandes cérémonies dans tous les temples. Il s’agit de remercier les éléments naturels qui ont permis la récolte. Pour cela, on fait des offrandes aux divinités du soleil, de la pluie : riz de la nouvelle moisson cuit dans un récipient neuf avec du lait de coco, fruits, canne à sucre...

Le deuxième jour, la cérémonie prend un caractère plus populaire, avec des processions pour remercier les animaux qui ont facilité la réussite de la récolte, notamment le bœuf. Les animaux sont magnifiquement décorés. Le troisième jour est consacré à des visites entre amis et à des échanges de cadeaux.

... Et à La Réunion ?

A La Réunion, le contexte est différent : la récolte est terminée. On veut cependant respecter les traditions, et on organise depuis 1973 de grandes cérémonies dans les temples. Ces cérémonies conservent essentiellement leur caractère religieux, même si on a introduit, au cours de la journée, la représentation d’un spectacle culturel.

A Saint-Louis, le G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise) a décidé de participer à cette fête du Pongol en faisant une exposition sur les premiers engagés indiens 1852 tirés des Archives départementales et les recherches de Jean-Régis Ramsamy et de Thierry Imidi-Mavoubaa.

Ces coffrets de lumière montrent l’arrivée massive des engagés indiens. Ils venaient tous de l’État de Tamil Nadu. Ils sont arrivés comme engagés indiens hindous pour une très grande majorité, indiens musulmans pour la seconde partie et indiens catholiques.

Combien étaient-ils en 1852 ?

120.000. Peut-être plus. Nous pouvons seulement émettre l’hypothèse qu’ils étaient plusieurs dizaines de milliers ! Cette allégation un peu “simpliste” témoigne de notre souci de ne pas nous aventurer sur un terrain dense, encore peu exploité par les spécialistes de l’Histoire, des Sciences humaines. A travers cette exposition “Identités et Représentations des Indiens au 19ème siècle”, nous nous fixons un objectif : encourager les férus de notre Histoire à examiner ou à “ré-examiner” l’héritage photographique lié aux “engagismes”. A notre sens, la démarche plus générale est primordiale pour les rares éléments picturaux relatifs à l’aurore du peuplement de l’île, ayant la conviction qu’une volonté particulière doit être accordée aux éléments relevant de la période de l’esclavage.

Ce livret est une odyssée mémorable dans un monde que nous n’avons pas connu, celui de nos anciens venus de l’Inde pour travailler dans notre pays.

En consultant les Archives départementales, Jean-Régis Ramsamy et Thierry Imidi-Mavoubaa ont su donner à travers ces 52 “coffrets lumières” et les textes qui les accompagnent de l’émotion, et réhabiliter, par la même, la mémoire de nos aïeuls.

En terminant ce texte je ne peux que m’associer au poème du Docteur Saminadin Alex Kichenin (Pongol 1999) :
« ... Tu mêleras ta dernière récolte de riz au lait nourricier des filles de Bhasava dans un pot en terre cuite passionnément décoré, reposant sur Agni, le dieu du feu. Dès l’apparition de la première écume, les tiens et toi crierez de joie “PONGALO-PONGOL” et tout naturellement, tu te tourneras vers Ganesha et Indra pour ta première offrande.

Tes yeux alors impatients s’éveilleront dès le deuxième jour sur l’astre de la vie que tu honoras pareillement avec du riz dans du lait parfumé et sucré : ce sera ainsi le SOURYA PONGOL.

Enfin, tu n’oublieras pas de vénérer tes outils de travail et le bétail, surtout la vache qui est ton principal soutien et compagnon, en ce troisième jour : le MATTOU PONGOL, et tu leur proposeras également des céréales cuites, des guirlandes de fleurs et du repos.

Tu profiteras de cette occasion du PONGOL qui est la vénération du premier fruit de ton labeur, là où tu seras dans le monde, pour célébrer la Nature, les Dieux, les Ancêtres et ta Famille... et t’inscrire à jamais dans cette éternelle quête humaine à vouloir que toi et les tiens puissiez à jamais vivre debout ».

Marc Kichenapanaïdou,

Président du G.R.A.H.TER
(Groupe de Recherches sur l’Archéologie Et l’Histoire de la Terre Réunionnaise)
Couriel : [email protected]

(Sources : Dictionnaire créole ; “Identités et Représentations des Indiens à La Réunion au 19ème siècle” - édition G.R.A.H.TER.)


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus